Printemps arabe : et en Algérie ?

lundi 23 mai 2011
par  Kamel
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Il faut bien se rendre à l’évidence : une transition démocratique avec le régime actuel est une chimère à laquelle on est bien obligé de renoncer : Bouteflika annonce la levée de l’état d’urgence, puis des réformes politiques avec une révision constitutionnelle dont on ne comprend pas les raisons et confie la mise en œuvre …au Ministre de l’Intérieur, patron de l’Administration et de la police. Manifestement les déclarations de Bouteflika sont des effets d’annonce destinées à l’étranger (qui a immédiatement réagi « favorablement »). Ces annonces sont vite neutralisées par des déclarations répétées dans la presse : les manifestations publiques et les marches restent interdites et réprimées, la télévision reste « propriété privée » de Bouteflika, les partis politiques ne seront pas agréés avant la mise en œuvre de nouvelles réglementations et les associations de la société civile continueront de subir l’embargo imposé par le Ministre de l’intérieur et ses exécutants, les walis. En attendant, la nomination d’une commission pour la révision constitutionnelle sera décrétée « par le haut »et va mettre en musique les desiderata de Fakhamatou ( ou de ses commanditaires). Tout change pour que rien ne change. Les détenteurs du pouvoir réel (les décideurs, disait Boudiaf) jouent avec le feu. Les Arabes sont dans la rue : ils ont déjà « dégagé » Benali à Tunis et Moubarak au Caire. Restent en piste Guedafi à Tripoli (40 ans de3 règne), Assad à Damas (40 ans aves son père), Saleh à Sanaa (30 ans), un monarque absolu en cours de révision au Maroc (on ne sait plus depuis quand avec son père et ses ancêtres)… et Bouteflika (depuis 1962 !) sous traitement palliatif. Dans le pays le peuple rugit sur l’ensemble du territoire et on finit par renoncer à faire le décompte des grèves, des routes coupées par des manifestants, des rassemblements devant les APC , les daïras, les wilayas, les ministères …et la Présidence, voire des immolations publiques par le feu. La jonction des différentes colères est en cours dans un vaste mouvement qui va être capable de tout emporter, et les armes, aidées des bombes lacrymogènes et des baltaguias, n’y pourront rien. Emeutes ? Révoltes ? Révolution en cours ? Que faut il de plus pour que les décideurs se rendent à l’évidence qui crève les yeux : ça suffit, barakat ! En tout cas le mouvement se poursuit et n’est pas près de s’arrêter. Car le régime politique qui gère l’Algérie depuis le 5 juillet 1962 n’a pas changé de nature malgré des simulacres qui nous ont trompés, toutes générations confondues : une Armée propriétaire de l’Etat sous un costume civil, sous une apparence sans uniforme ce qui ne trompe que les innocents. L’avenir est incertain, l’orage gronde, tout peut se passer, on ne peut jurer de rien. Alors ? Le courant démocratique ne va pas baisser les bras car il est dans le sens de l’Histoire. Comme le premier novembre 1954 quand la décolonisation a pris son envol. Comme quand, en octobre 1988, les jeunes ont été sauvagement réprimés par les tortionnaires de l’armée qui sont restés impunis. Malgré une guerre civile qui nous a coûté 200 000 morts et que les Algériens n’oublient pas, avec son cortège de tortures, de disparitions forcées, d’exécutions sommaires et de massacres de population. Ils ont cru tourner la page avec une réconciliation dans l’impunité et un trucage électoral répété. L’effet boomerang est là : le message de la résistance à l’oppression a été transmis aux nouvelles générations, elles sont dans la rue. Il s’agit de poursuivre le travail d’organisation de la résistance et de la lutte pour les libertés, les droits de l’homme et la démocratie. C’est la mission des jeunes générations asphyxiées par le manque d’oxygène que sont les libertés . Et les résistants, toutes générations confondues, sont là pour apporter leur expérience des luttes sur le terrain, pour s’engager avec les jeunes générations, celles qui ne connaissent que l’état d’urgence mais qui savent utiliser les nouveaux réseaux sociaux comme face book et twitter, celles qui refusent le chemin de la violence et qui au contraire entreprendront des luttes pacifiques organisées et déterminées. Celles qui veulent construire leur vie dans leur pays, dans la liberté et dans la dignité, dans leur fierté d’Algériens. Là est l’avenir, plein d’espoir pour notre pays. Pr Kamel Daoud, militant des droits de l’homme



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lundi 9 septembre 2013 à 09h35 - par  Yoan

Partage véritablement utile, milles merci, je vous lirai désormais ! Yo du blog www.banque2013.fr