Malgré la répression, la rue syrienne ne renonce pas

samedi 27 août 2011
par  Kamel
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Le dernier vendredi du ramadan a encore été marqué par de nombreuses manifestations contre le régime d’Assad.

Bâtons à la main, les miliciens prorégime de la « shabiha » attendent d’en découdre à la sortie de la prière. Tout autour de la mosquée al-Hassan du quartier de Midane à Damas, le dispositif de sécurité est en place. Des bus verts sont garés non loin de là, prêts à embarquer les manifestants vers un centre d’interrogatoire de la capitale.

Vendredi, une manifestation a encore été réprimée non loin de là, mais les « révolutionnaires » avaient beaucoup de mal à affronter des forces de sécurité, massivement déployées tout autour des mosquées damascènes, en ce dernier vendredi de ramadan. Une journée baptisée « vendredi de la patience et de la persévérance » sur la page Facebook de la « Révolution syrienne 2011 » qui a encore été marquée par de nombreuses manifestations antirégime à travers le pays.

Au total, au moins huit personnes ont été tuées et plusieurs dizaines blessées. À Der Ezzor, cinq protestataires sont tombés sous les balles des forces de sécurité en sortant de la prière, alors que les chars de l’armée étaient massivement déployés dans cette ville rebelle du nord-ouest du pays. Selon l’observatoire syrien des droits de l’homme basé à Londres, un autre fidèle a péri à la sortie de la mosquée à Nawa dans le sud de la Syrie. Les comités locaux de coordination de la révolte ont fait état également de blessés à Homs, qui devient l’épicentre de la fronde, où des milliers de personnes ont défilé.

« Nous ne pouvons plus reculer » Malgré la violence de la répression, qui a fait plus de 2000 morts parmi les opposants et au moins cinq cents parmi les forces de sécurité, la détermination de la rue reste intacte. « Nous ne pouvons plus reculer », dit un jeune membre des comités de coordination de la révolte. L’offre d’un calendrier de réformes proposée dimanche dernier par Bachar el-Assad n’a en rien débloqué la crise. « Ce ne sont que des paroles », regrette Fayez Sara, un des ténors de l’opposition à Damas. « Le président n’est plus crédible », ajoute cet opposant, emprisonné à de nombreuses reprises tout au long de ses trente dernières années.

Dans sa quatrième intervention devant les Syriens depuis le début de la crise en mars, le raïs a promis des élections législatives d’ici à février 2012, mais il est resté vague sur le point de savoir si le monopole du Baas, le parti unique au pouvoir, serait préservé dans le cadre d’une future Constitution. « Bachar une fois encore m’a déçu », poursuit Mohammed, un homme d’affaires qui redoute un conflit entre Syriens. « La crise a éclaté il y a six mois, poursuit-il, et il est encore à nous parler de comité qu’il va créer pour examiner si on peut faire ceci ou si on peut faire cela. Quand son père est mort, en 2000, il a fallu cinq minutes pour que l’on change la Constitution pour permettre à Bachar, qui n’avait pas encore l’âge requis de 35 ans, de succéder à son père. De qui se moque-t-on ? »

La Syrie s’enfonce dans un dangereux statu quo. « Le régime ne va pas arrêter de réprimer, tandis que la rue ne va pas s’arrêter de manifester, observe un expert occidental. C’est comme deux trains lancés sur deux voies parallèles. Chaque camp se radicalise. » Jeudi matin, le caricaturiste Ali Farzat a fait les frais de cette dérive. Il a été arrêté puis passé à tabac par des hommes armés, alors qu’il circulait sur la place des Omeyyades, à Damas. Ses agresseurs se sont particulièrement acharnés sur ses mains, dans l’espoir sans doute que Farzat ne puisse plus « commettre » de dessins irrévérencieux à l’encontre de son ancien ami Bachar el-Assad. « Rien ne peut plus nous réduire au silence », jure Fayez Sara. Selon lui, l’immense majorité des activistes relâchés, après avoir été détenus et souvent torturés, est déjà retournée à la lutte contre le régime.



Commentaires

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samedi 2 mars 2013 à 01h38 - par  Juliette

Jolie volonté que de publier des posts de valeur. Juju du portail de pompe a chaleur