Visionnez les conférences de l’IFESI "Islamophobie : Où va-t’on ?"

lundi 24 octobre 2011
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Appel à égorger les musulmans, prières de rues comparées à l’occupation nazie, enfants privés de soins parce que leur mère porte un voile, enfants à qui l’on refuse le droit de voir leur mère les accompagner lors d’une sortie scolaire parce qu’elles sont voilées, robes trop longues et ostentatoires, agression de femmes dans la rue, profanation de tombes, dégradation de mosquées, lois d’exception (?), halal ou pas halal, blâme pour port de barbe, montée en puissance des extrêmes droites européennes, traitement politico-médiatique de l’islam, discrimination au logement, discrimination à l’embauche et la liste pourrait être encore longue. Autant de sujets que l’on a vu surgir sur la scène médiatique ces dernières années. Doit-on y voir un réel problème d’islamophobie, ou simplement une illustration de la théorie de Maxime Rodinson, qui estimait que lorsqu’un groupe donné percevait une hostilité à son égard, il développait une hypersensibilité aux critiques ?

Les musulmans de France considèrent en effet aujourd’hui être les victimes d’une islamophobie chronique au sein de leur propre pays, plus particulièrement de la part de la sphère politico-médiatique, avec la complicité de certains intellectuels. Ces derniers se livreraient même à un véritable « terrorisme intellectuel » osant toutes les comparaisons telle que "l’Islamisme n’est que la troisième modalité d’un dispositif dont le communisme et le nazisme avaient été les précédentes versions", des « intellectuels négatifs » qui plutôt que d’alimenter un débat raisonné sur la place de la deuxième religion de France dans notre pays, créeraient et nourriraient des polémiques racistes (islamophobes ?). Ils se seraient donnés pour mission d’être des chevaliers de la laïcité qui serait en danger face à l’Islam.

Un « Islam imaginaire » qui serait né en fait dans les années 1980. C’est à cette période qu’une terminologie islamique serait apparue pour parler de travailleurs immigrés. En effet, il était de plus en plus évident que les enfants d’immigrés n’étaient plus des « travailleurs étrangers ». Une grille de lecture islamique se serait alors imposée, avec uniquement deux catégories de musulmans, les musulmans modérés, et les radicaux, une analyse grossière aboutissant à faire prévaloir la suspicion à l’égard de ces français sur une éventuelle culpabilité.

Le cas particulier de la loi de 2004 est révélateur de la participation du monde médiatique à créer une problématique. Une étude (Le Voile Médiatique, Pierre Tévanian) montrera par exemple que si on compare deux sondages, l’un fait dans les premiers jours du débat (avril 2003), et l’autre quelques mois plus tard et avant le vote de la loi (décembre 2003), on note une relation nette entre le nombre de dépêches AFP concernant le voile (29 en avril 2003, 132 en déc. 2003), ou le nombre d’articles (24 en avril 2003, 115 en déc. 2003) et l’évolution de la proportion de Français favorables à une loi (49% en avril 2003, et 69% en déc. 2003).

La sélection des intervenants au débat participerait, elle aussi, à orienter le résultat final. Ainsi la parole ne sera jamais donnée à des associations laïques mais opposées à une loi, ou alors à des associations de parents d’élèves elles aussi opposées à une loi. Chirine Ebadi, quant à elle, prix Nobel de la paix, ne participera plus à quelque débat que ce soit lorsqu’elle annoncera que bien que militant dans son pays contre le port du voile obligatoire, elle considère que chacune se doit de faire comme elle l’entend.

L’un des arguments qui a souvent été convoqué pour justifier cette loi a été la défense d’une laïcité qui aurait été en danger ! Mais que dit-elle vraiment cette laïcité ? Quelles sont ses origines et ses conséquences ? Porter un voile est-il en contradiction avec la garantie du libre culte de chacun ? La laïcité n’est-elle pas protectrice ? Peut-on en son nom justifier de l’exclusion de jeunes adolescentes qualifiées d’auto aliénées, d’une enceinte dans laquelle elles devraient, si on suit la logique entretenue par le débat, trouver les moyens de s’auto désaliéner ?

La loi de 2011 sur le voile intégral procède de la même logique : les présumées victimes deviennent les accusées, et c’est de par leur stigmatisation, et leur enfermement que l’on souhaiterait leur apporter une liberté dont on les estime privées. Pire, droite comme gauche au conseil de l’Europe en 2010 voteront tous une disposition qui préconise de ne pas voter de loi contre le voile intégral : la recommandation 1927 « d’inviter les Etats membres à ne pas adopter une interdiction générale du port du voile intégral ou d’autres tenues religieuses ou particulières ». Quelques mois plus tard cependant, la loi tombe. Pourquoi ?

Face à ces lois, comment les musulmans réagissent ils ? Descendent-ils dans la rue pour se plaindre ? Sont-ils passifs, et alors seraient-ils les victimes de cette passivité, de leur peur d’alimenter une islamophobie qui ne se serait pourtant jamais aussi bien portée ? Leur manque-t-il une culture politique ? En effet, lorsqu’ils seront invités pour discuter de l’opportunité d’une loi sur le voile intégral par exemple, leurs premiers mots seront « ce n’est pas ma conception de l’Islam », comme s’il s’excusait d’abord au nom de ces femmes qui ont fait ce choix, plutôt que de simplement s’exprimer en tant que citoyens qui défendent le droit d’un individu à s’habiller comme il l’entend.

Pourtant, le nombre de français de confession musulmane n’est pas négligeable. Le jeu politique ne devrait-il pas le prendre en compte ? Une question se pose alors : ces français seraient ils encore considérés comme une présence étrangère ? A en croire les rapports qu’entretiennent les politiques avec la deuxième religion de France, la question est légitime puisque le pouvoir privilégie des interlocuteurs étrangers : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Turquie…alimentant ainsi une gestion consulaire de l’Islam de France. Un Islam colonial ? Une certaine culture coloniale perdurerait-elle dans le rapport de l’état français avec ses citoyens de confession musulmane ?

Plusieurs arguments iraient dans ce sens. Il existe des similitudes troublantes entre des discours passés, et ce à quoi nous assistons depuis quelques années. A l’époque de l’Algérie française par exemple, l’indigène pouvait devenir français en récusant sa religion, comme aujourd’hui le rejet de l’Islam est facilitateur, en particulier pour une carrière politique : une militante associative devenue secrétaire d’état en dénonçant le « fascisme vert », une adjointe au maire de Lyon qui reçoit les félicitations d’un préfet pour s’être mise hors la loi en demandant à une mariée d’ôter son voile. Une terminologie qui n’avait pas été utilisée depuis Maurice Papon réapparait : les « compatriotes musulmans » qui sont ainsi définis par leur appartenance religieuse avant d’être des français tout simplement, ou encore « L’union des français musulmans », créé par l’UMP (laïcité ?), qui deviendra finalement « L’union des musulmans de France » devant le tôlé suscité par un tel nom.

Ces problématiques sont-elles spécifiques à la France ? L’ensemble des extrêmes droites européennes ne se sont en effet jamais aussi bien portées. Pays Bas, Belgique, Suisse, Royaume-Uni, France, partout, des partis construisent leurs succès électoraux sur une rhétorique islamophobe. Beaucoup de ces mouvements ont basculé d’un antisémitisme souvent non assumé, à une islamophobie parfaitement revendiquée, au point ou opportunément, ces mouvements s’unissent même avec des groupuscules ultra sionistes dont ils niaient encore aux membres le génocide il y a peu de temps.

Comment expliquer une alliance entre les victimes hitlériennes et ceux qui il y a encore quelque années se revendiquaient pour la plupart proches des thèses défendues par les nazis pour signer « La déclaration de Jérusalem en 2010 » ? Comment un homme tel Anders Behring Beivik, proche des milieux d’extrême droite peut il réussir à citer Alain Finkielkraut dans son manifeste ? Comment expliquer un tel mutisme des intellectuels français au sujet d’une rencontre entre des ultra nationalistes pour certains proposant encore des livres révisionnistes à la vente, et l’extrême droite israélienne ?

Alors que l’Europe semble en perte de vitesse face à la montée des pays émergeants, alors que la langue française elle-même est quantitativement en déclin dans les instances internationales, en Europe plus particulièrement avec l’arrivée dans l’UE des pays nordiques davantage anglophiles que francophiles, la France n’aurait-elle pas à gagner à cesser cette stigmatisation d’une partie de sa population, en se demandant si l’Islam est soluble dans une République qui ne serait donc pas multiconfessionnelle, population qui pourrait alors constituer une immense valeur ajoutée au regard des liens qu’elle entretient avec une partie du monde aujourd’hui en pleine restructuration ?

C’est à l’ensemble des questions soulevées ci-dessus que nous souhaiterions apporter des axes de réponse au travers de conférences. Au cours des prochaines semaines, l’Association des Etudiants de l’IFESI (Institut Français d’Etudes et des Sciences Islamiques) organise donc un ensemble de conférences sur la thématique de l’islamophobie, suivies de séances d’échange avec les intervenants afin de soulever les différentes thématiques ci-dessous. Celles-ci débutent le samedi 24 septembre sein de ses locaux à Boissy-Saint-Léger (94), et auront lieu à un rythme régulier dont vous serez régulièrement informés.

Les thématiques que nous souhaiterions évoquer au cours de ce colloque :

1. Responsabilité des musulmans : pacifiques ? Passifs ?

2. Le monde musulman et la politique extérieure de la France.

3. Laïcité : sources et concepts.

4. Histoire de la relation de l’étranger / du musulman à la France.

5. Médias et Islam : manipulations islamophobes ?

6. Nouvelles extrêmes droites européennes et internationale islamophobe.

7. La gestion consulaire de l’Islam en France.

8. L’islamophobie dans le monde de l’économie.

9. La situation dans d’autres pays occidentaux, rapports à la France

10. La femme, principale victime, pourquoi ?

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Retrouvez l’ensemble des vidéos sur ifesi.tv

Retrouvez la conférence de Abdelaziz Chaambi

Retrouvez la conférence de Raphael Liogier




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