La victoire de Barack Obama : le chemin parcouru

Alain Ruscio
lundi 17 novembre 2008
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La victoire de Barack Obama : le chemin parcouru

Alain Ruscio

En 1843, un savant français, jeune mais déjà de grande renommée, Dr ès sciences, Dr en médecine, professeur de zoologie, visite la Floride. Il a nom Armand de Bréau de Quatrefages. S’il est aujourd’hui oublié, ce n’est pas faute d’avoir publié, tant des articles très spécialisés dans des revues prestigieuses (Bulletin de la Société d’Anthropologie de Paris) que des ouvrages épais. A la fin de sa vie, il sera couvert d’honneurs : membre de l’Académie des Sciences, de l’Académie de Médecine, de la Royal Society of London, titulaire de la chaire d’anthropologie au Muséum d’Histoire naturelle…

Donc, Quatrefages est en Floride. Et il observe. Que faire d’autre, quand on est scientifique ?

Notre attention, au hasard de la lecture d’un article de la Revue des Deux Mondes, elle aussi bien pensante, a été attirée par un mot : nègre. Rien, à vrai dire, d’anormal : en 1843, il est d’usage courant, même chez les philanthropes.

Mais la suite est bien intéressante…

« Sans doute la race nègre ou éthiopique est-inférieure aux races blanche et rouge : à peine s’élève-t-elle au-dessus des malheureux Alfourous de la Polynésie, ces derniers représentants de notre espèce. C’est là un fait incontestable ; soutenir le contraire, et s’appuyer pour combattre l’esclavage sur une égalité qui n’existe pas, c’est faire beau jeu par cette exagération même aux partisans de l’opinion que l’on attaque. Mais l’immoralité grossière, le dévergondage révoltant qu’on observe dans les colonies chez les individus de cette race, sont peut-être plus imputables à la conduite de leurs maîtres qu’à leur nature propre.

Le nègre est une monstruosité intellectuelle, en prenant ici le mot dans son acception scientifique. Pour le produire, la nature a employé les mêmes moyens que lorsqu’elle enfante ces monstruosités physiques dont nos cabinets offrent de nombreux exemples.

(…)

Le nègre est un blanc dont le corps acquiert la forme définie de l’espèce, mais dont l’intelligence tout entière s’est arrêtée en chemin. (…)

Peut-on espérer de voir jamais le nègre sortir de cet état d’infériorité ? Un temps viendra-t-il où l’enfant devenu homme pourra marcher tête levée et traiter d’égal à égal avec le blanc ? Cette régénération nous semble fort douteuse partout ; elle est impossible aux Etats-Unis, dans les colonies. Les caractères de race sont quelque chose de stable et qui se perpétue, qui tend plutôt à déchoir qu’à se perfectionner. »

Je n’ai pas pour ma part sombré dans l’Obamania. Question de nature ? Non, de culture. Je me méfie des politiciens américains qui mettent trop en avant leur sourire. Un Kennedy noir, a dit le triste BHL, relayé par une partie de la presse. Oui mais, ne pas oublier SVP, que c’est Kennedy qui est, avant le Républicain Nixon, responsable de l’escalade au Vietnam. Et, tiens, je lâche le mot, je crois que l’impérialisme américain n’a pas de couleurs, qu’il n’est pas mort le 4 novembre.

Mais tout de même, rapprocher aujourd’hui le discours quatrefagiens – que l’historien du colonialisme a tous les jours sous les yeux – et l’actualité procure un infini plaisir. Rien que pour enfoncer encore un peu plus tous les racismes et tous les racistes. La victoire d’un métis (pas d’un noir) dans ce pays-là marque, même si c’est pour l’instant seulement symbolique, une sacrée date !

La suite, ce sera l’affaire d’Obama… et la nôtre.

Un conseil à Sarkozy : quand Obama viendra en visite officielle en France, que le protocole lui fasse éviter la rue Quatrefages, à Paris.

Eh oui, il y a encore une (ou des ?) rue(s) Quatrefages…



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