Retour de la délégation du Parti de Gauche en Palestine

jeudi 3 novembre 2011
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Notre délégation du Parti de Gauche en Israël et Palestine est arrivée au complet lundi 24 à Tel Aviv ! Une belle délégation paritaire, composée de 8 femmes et 8 hommes. Une délégation militante, qui compte parmi ses membres des camarades venus de 9 départements, une secrétaire nationale, Corinne Morel Darleux et 4 membres du Bureau National (Laurent Levard, Elodie Vaxelaire, Jean-Christophe Sellin et Laurence Pache) dont deux élues régionales.

Nos deux premières journées ont été consacrées aux rencontres en Israël. Des échanges riches en informations et apports sur la situation politique au Proche-Orient, sur le conflit israélo-palestinien, mais aussi vis à vis de la situation sociale dans le contexte du mouvement de grande ampleur qui a rassemblé 500.000 manifestants à Tel Aviv durant l’été avec l’occupation du boulevard Rotschild. Nous avons d’ailleurs rencontré des acteurs de cet important mouvement social qui, après l’évacuation des tentes du boulevard, a trouvé refuge à Beit Haam : la « maison du peuple ». C’est là que nous avons rencontré de jeunes militants qui nous ont fait part de leur expérience et de l’espoir que ce mouvement inédit de solidarité en Israël représente pour une génération qui ressent un besoin de renouvellement des pratiques politiques et réclame de la démocratie directe. C’est aussi une forme d’action directe dont se revendiquent les « anarchistes contre le mur ». Nous avons pu dialoguer avec ce mouvement de quelques centaines de militants qui intervient dans des actions de soutien aux initiatives palestiniennes de résistance populaire non violentes, et des interpellations de l’opinion publique israélienne par des actions de blocage de rue de type « checkpoint » à Tel Aviv. Non violence, c’est également le principe de la « coalition des femmes pour la paix ». Ce mouvement mène un travail d’alerte sur l’implication des entreprises (y compris françaises) dans la colonisation et combat la militarisation de la société israélienne. Nous avons enfin rencontré le Parti communiste israélien. Il appartient à la coalition Hadash qui compte 4 députés à la Knesset (le parlement israélien). C’est l’un d’entre eux, Dov Khenin, qui nous a reçus. Il a tenu en préalable à nous alerter sur la situation explosive provoquée par la politique actuelle du gouvernement et le risque d’embrasement militaire dans toute la région. Nous avons ensuite pu échanger avec lui sur les aspects de la politique israélienne et des questions posées par le mouvement social de cet été. En exemple aux signes de frémissement de la vie politique qu’ils ressentent dans le pays, celui ci nous a également expliqué qu’aux dernières élections municipales, le parti communiste avait été à l’initiative de la liste « City for all » (ville pour tous) à Tel Aviv qui a réuni 35% des voix face à une coalition hétéroclite autour du maire sortant, allant du Parti travailliste au Likoud et à l’extrème droite. Nous partons ce soir à Jerusalem. La journée de mercredi sera consacrée à des rencontres officielles avec l’Autorité Palestinienne à Ramallah.

De Jérusalem à Ramallah, en quête d’un Etat Palestinien Délégation du PG en Israël/Palestine, jour 3

Aujourd’hui, notre délégation s’est rendue de Jérusalem à Ramallah, franchissant pour la première fois le mur qui sépare israéliens et palestiniens, via le check-point de Qalandia. Voir le mur pour la première fois est une expérience qu’on n’oublie pas, tant il représente l’arbitraire de l’occupation et de l’oppression subie par le peuple palestinien.

La journée a été consacrée à un ensemble de rencontres officielles avec des responsables de l’autorité palestinienne. C’est Corinne Morel Darleux qui a mené ces discussions au nom de la délégation, avec le souci à chaque fois de présenter le PG, ses principes, son histoire, et son rôle dans le Front de Gauche. Elle a également rappelé l’engagement du PG dans le combat pour une paix juste et durable entre Israël et la Palestine, et les positions qui sont les nôtres concernant les voies de résolution du conflit. Nous avons tout d’abord rencontré Salem Al Za’noon, président du Conseil national palestinien, qui est l’organe décisionnel de l’OLP. Cette première rencontre nous a permis de mesurer les espoirs placés dans la demande officielle de reconnaissance d’un État palestinien, déposée en septembre par Mahmoud Abbas à l’ONU. Salem Al Za’noon nous a fait part de sa confiance dans la capacité à créer une force d’entraînement autour des pays qui soutiennent cette démarche, malgré le probable véto des Etats-Unis.

Cette rencontre a été suivie d’un moment émouvant pour les militants que nous sommes car nous avons été reçus à la Muqata, le palais présidentiel où Yasser Arafat a été bloqué pendant de longs mois. Nous y avons été accueillis par Nemer Ahmad, le conseiller aux affaires politiques du président Abbas. Ses analyses ont été éclairantes pour comprendre l’historique des négociations et l’état de la situation actuelle. Le principe à partir duquel l’Autorité palestinienne négocie est celui du compromis historique d’un Etat dans les frontières de 1967, c’est à dire sur 22% de la Palestine mandataire (là où le plan de partage de 1947 leur attribuait 48% du territoire). Cet accord était celui acté par l’ancien gouvernement israélien d’Ehud Olmert autant que par l’administration Bush. Il est aujourd’hui remis en cause par le gouvernement de Netanyahou qui entretient le flou sur la notion de territoires. La démarche à l’ONU a ainsi pour but de faire cesser l’ambiguité autour du statut de la Cisjordanie, incluant Jerusalem Est, et de Gaza. Ces territoires sont-ils occupés ou « disputés » comme le prétend Netanyahou ? Pour le conseiller de Mahmoud Abbas, être reconnus comme un Etat à part entière à l’ONU, ce serait aussi permettre de considérer le territoire palestinien comme celui d’un Etat occupé par un autre Etat, tous deux reconnus par les Nations Unies. Notre hôte a souligné que l’échec de ces négociations pourrait conduire vers un état bi-national de fait auquel Israël n’a pas forcément intérêt sur le long terme. L’entretien s’est achevé par une visite hautement symbolique au mausolée de Yasser Arafat qui jouxte la Muqata.

Ces rencontres officielles se sont conclues par l’entrevue que nous a accordée Salam Fayyad, le Premier ministre de l’Autorité Palestinienne.

A cette occasion, nous lui avons remis une lettre de Jean-Luc Mélenchon, exprimant son salut fraternel et son regret de ne pas avoir pu être présent avec la délégation. Salam Fayyad nous a ensuite expliqué comment l’Autorité palestinienne progresse par la construction économique et institutionnelle d’un appareil d’Etat crédible vis à vis de la communauté internationale. Il a réaffirmé que le combat pour la Palestine était un combat pour la liberté à portée universelle, relevant des mêmes valeurs que celles de la République Française. C’est un combat que l’Autorité palestinienne veut mener en misant sur la construction positive et non sur la violence.

Enfin, nous avons eu le plaisir de rencontrer Mustapha Barghouthi, Secrétaire général du parti de l’Initiative Nationale Palestinienne. Rencontre infiniment frustrante, car bien trop courte pour faire le tour de tout ce dont nous aurions aimé discuter avec lui. En effet sur bien des points son analyse recoupe la nôtre, et ses objectifs sont les nôtres. Il s’agit pour lui de lutter pour la liberté et donc la fin de l’occupation, mais aussi de transformer la Palestine en une véritable démocratie, sociale autant que politique, et de viser la justice sociale. Nous nous sommes retrouvés dans sa volonté de ne pas passer d’une économie sous domination israélienne à une économie de consommation libérale, de taxer davantage les hauts revenus et de promouvoir les droits sociaux de toutes et tous. Pour cela, les Palestiniens ont besoin d’être soutenus par des voix « fortes et claires » qui font pression sur le gouvernement d’Israël. Nous les avons assurés de notre soutien.

Au coeur de l’occupation : Hébron et le mur Des étoiles de David peintes par les colons israéliens sur des boutiques palestiniennes fermées à Hébron

Délégation palestine jour 4

Cette journée est très importante pour la délégation puisque c’est aujourd’hui que nous sommes en contact direct avec les aspects les plus représentatifs de l’occupation de la Cisjordanie, et de son absurdité.

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Nous avons rendez vous à 9h avec Mahmoud du comité populaire d’Al-Masara. Il s’agit aujourd’hui de voir directement ce dont on entend si souvent parler. Notre délégation se scinde en deux, une partie d’entre nous allant à Hébron et une autre autour de Bethléem.

A Bethléem, la réalité, c’est le mur. Il faut s’imaginer non une barrière qui court le long d’une frontière qui serait celle de 1967, mais un lacis de murs qui coupent Bethléem de Jérusalem (où seuls les Palestiniens en possession d’un laisser-passer peuvent se rendre), mais aussi les villages les uns des autres, voire même séparent des villages en deux. Partout où l’on se déplace, on voit des colonies : très reconnaissables par leur architecture, leur position en hauteur et l’arsenal sécuritaire qui les protège. On en voit également les différents stades : des prémices de l’occupation illégale par l’usage de préfabriqués, à des villes constituées, en passant par le stade du village. Leur installation amène parfois la création de routes réservées (comme celle que le ministre des affaires étrangères issu de l’extrême droite Liebermann a fait construire pour se rendre dans sa colonie, Nokdim), mais aussi à l’impossibilité de se rendre sur les terres à proximité pour les palestiniens, et donc de les exploiter. Elle est aussi un enjeu d’appropriation des ressources naturelles, notamment en eau. Ce que Mahmoud nous montre sur le terrain, c’est la cohérence des projets du gouvernement israélien dans la région, qui vise à créer une unité territoriale entre différents blocs de colonies.

En faisant le tour du district de Bethléem, en constatant de visu où en est la construction du mur et quels sont les projets en cours, on voit que l’issue sera d’enfermer la ville et de réduire le territoire utilisé par les palestiniens à 13% du district de Bethléem. Il s’agit par exemple de construire parallèlement au mur déjà construit allant du nord au sud un deuxième pan de mur qui serait 12 km à l’intérieur et à l’est de la ligne verte.

Le mur rend la circulation impossible, empêche les paysans de se rendre sur les terres qui sont de l’autre côté, les exproprie. Nous avons visité un village qui sera très bientôt complètement enfermé par le mur. Ce village se trouve à l’intérieur de la Cisjordanie, au delà de la ligne verte. Il ne s’agit donc bien évidemment pas de séparer Israéliens et Palestiniens pour des raisons de sécurité, mais bien d’isoler à l’intérieur de la Cisjordanie même les villages les uns des autres, les habitants les uns des autres.

De son côté, la deuxième partie de notre délégation s’est rendue à Hébron pour y rencontrer le gouverneur. Celui ci explique que le gouvernorat a 700 000 habitants, et qu’il y a 400 colons protégés par l’armée israelienne. Ils sont installés dans la ville, perturbent le bon fonctionnement de l’ensemble des services et contribuent à tendre la situation. Il ya 102 points de contrôle en ville, notamment dans la vieille ville et plus de 110 aux alentours. Cela rend la vie quotidienne difficile et fait monter la colère face à ces humiliations quotidiennes.

Le Hamas a gagné les élections municipales en 2006, mais la situation semble évoluer, la décision du Président Abbas de demander la reconnaissance de l’état palestinien à l’ONU a provoqué une grande mobilisation populaire, plus de 200 000 personnes ont manifesté à Hébron. S’il y avait des élections demain, le gouverneur pense que le Fatah progresserait et le Hamas baisserait. On le voit déjà dans les élections chez les étudiants ou les syndicats. Il termine en expliquant que la Palestine est le dernier peuple occupé privé d’un état, qu’il serait temps que la communauté internationale fasse cesser cette injustice.

L’après midi au milieu du souk de la vieille ville nous avons d’abord pu constater l’existence de rues fermées et coupées pour « protéger » les colons et l’existence de grillage de protection au dessus des rues du souk bordées par les immeubles des colons, car ceux-ci lancent des pierres et déversent toutes sortes de détritus sur les palestiniens qui passent dans la rue. Par une impasse en labyrinthe, nous avons accédé à la demeure, sur deux étages, d’un habitant palestinien entouré d’immeubles achetés ou réquisitionnés par des colons. Sa famille doit supporter des menaces et du vandalisme quotidiens : jets de pierre, d’eau de javel, tir à balles réelles...

L’armée a pourtant installé des postes d’observation sur les toits alentours, mais pour protéger les colons. Elle a également, comme nous l’avons vu en fin d’après midi, évacué et bloqué par 5 points de contrôle les rues permettant d’accéder à l’entrée de la colonie. Dans cette rue les boutiques ont été fermées du jour au lendemain, elles sont restées remplies de marchandises, les entrées ont été scellées, des croix de David peintes sur chaque porte.

En face de l’entrée de la colonie, il y a une école palestinienne. Pour s’y rendre, nos hôtes nous expliquent que les enfants doivent porter des signes distinctifs (chasuble du croisant rouge ou d’ONG), des militants d’ONG assurent l’entrée et la sortie pour que ces enfants ne soient pas agressés par les colons sous le regard impassible des soldats. Cette situation émotionnellement très forte nous interpelle quant au calme et à la dignité dont font preuve les palestiniens que nous rencontrons. Nous avons également pu constater cette situation en passant un point de contrôle à la sortie des souks pour accéder au lieu saint, le tombeau des patriarches. Là, ce sont brimades ciblées, séparation strict des deux lieux saints : entrée de service pour les musulmans, esplanade et grande entrée pour les juifs. Le tombeau d’Abraham au milieu est visible de chaque coté mais inaccessible.

Notre sentiment à l’issue de cette journée et que la ville d’Hébron est clairement un point de fixation organisé de manière délibérée par le gouvernement israélien.

Demain, la matinée est libre et sera studieuse, nous avons des compte rendus à faire, puis manif à Jerusalem Est contre l’occupation...

Chronique Palestinienne

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Vendredi après-midi nous avons rejoint le rassemblement hebdomadaire organisé à Sheik Jarrah (Jérusalem-est) contre les expulsions.

Ce fut l’occasion de faire la jonction avec une délégation française de l’AFPS (association France Palestine Solidarité) et d’y rencontrer des palestiniens chassés récemment de leur maison. L’un d’eux nous a explique qu’il avait été évacué à 5 heures du matin et qu’une heure plus tard, une famille de colons juifs était arrivée pour prendre possession de la maison que sa famille occupait depuis 50 ans. Elle est maintenant sous surveillance directe de 5 caméras installées par la police israélienne. En face, la moitié d’une autre maison a été colonisée par des colons intégristes qui ont ponctué et illustré nos slogans contre l’occupation de gestes très obscènes et peu religieux. A la suite de cela à la tombée de la nuit, nous avons raccompagné chez lui le petit Nasser, 10 ans, de peur qu’il ne subisse les caillassages des enfants colons, nombreux et très agressifs.

La soirée s’est terminée dans la convivialité et la solidarité avec les parents de Salah Hamouri non loin de là. Laurence Pache et Corinne Morel Darleux, toutes deux élues régionales, avaient fait la demande officielle de pouvoir rencontrer Salah dans sa prison, mais malgré le relais de notre députée Martine Billard, cette demande n’a pu être satisfaite, Salah étant interdit de visites, y compris de sa propre famille. Nous avons cependant pu avoir des nouvelles rassurantes sur son état de santé par le Consul qui nous a également confirmé qu’il n’était plus à l’isolement.

Samedi, la journée a été consacrée à la question du développement agricole sous l’angle non gouvernemental et à travers des réalisations des coopératives exploitant les olives. Nous avons été reçus par les responsables de l’ONG PARC (Palestinian Agricultural Relief Committee) qui nous ont fait part de leurs difficultés à mettre en œuvre leurs objectifs pour le développement d’une agriculture saine et auto-suffisante. Leur action consiste à transformer des terres arides en terres arables et viables et en la construction de ’routes agricoles’ pour permettre le passage des machines et faciliter le transport humain et matériel. Nous avons reçu de leur part une parole libre et critique vis-à-vis de l’Autorité Palestinienne. A leurs yeux, sur toutes les questions : les terres, les financements, la reconnaissance de l’Etat palestinien, ils auraient souhaité être associés et partie prenante des décisions de façon à ce que l’ensemble de la société civile palestinienne soit mobilisée.

Le PARC illustre sa campagne de réhabilitation des terres par l’exemple des coopératives. L’après midi, nous avons donc visité une de ces coopératives de production d’huile d’olive avec un pressoir commun et les explications concernant le regroupement des fermiers pour mutualiser les outils, la force de travail, la vente et la capacité d’investir et de se projeter ensemble. Ils ont souligné que l’esprit coopératif est devenu un vecteur de cohésion sociale entre des fermiers auparavant concurrents.

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C’est ainsi que s’est achevée la mission de notre délégation en Israël et en Palestine, après un dernier passage tendu du checkpoint de Ramallah. Aux dernières nouvelles, chacun de ses membres a pu rentrer sans encombre en France. Nous préparons des compte rendus détaillés de toutes les rencontres et auditions, des photos et vidéos seront également mises en ligne sur la photothèque du Parti de Gauche. Et nombre d’entre nous envisagent déjà un prochain séjour…




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