Bigeard aux Invalides, par Nils Andersson

Chronique du 2 décembre 2011
mercredi 14 décembre 2011
popularité : 4%

Bigeard aux Invalides

Amis anticolonialistes bonjour !

Le général Bigeard a souhaité que ses cendres soient répandues à Diên Biên Phu, où il a comme lieutenant-colonel commandé le 4e Groupement aéroporté. Les autorités vietnamiennes auraient opposé un clair refus à cette demande. On peut à ce sujet établir un simple parallèle, si le général Erich von Falkenhayn, concepteur de la bataille de Verdun, faisant le même vœu, demande avait été faite à sa mort, en 1922, au gouvernement Poincaré que ses cendres soient répandues sur le fort de Douaumont, celle-ci se serait certainement vue opposer un refus tout aussi ferme du gouvernement français.

Compensation, Gérard Longuet, ministre de la Défense, fondateur du mouvement d’extrême droite Occident, a proposé que ses cendres soient déposées aux Invalides, ce qui suscite de légitimes réactions et apparaît à beaucoup comme une proposition honteuse. C’est le rôle de l’officier durant la guerre d’Algérie qui interpelle.

Le colonel Bigeard fut, sous les ordres du général Massu, avec les colonels Lacheroy, Trinquier, Godard, parmi les principaux protagonistes de la bataille d’Alger, lors de laquelle l’image de la France fut ternie dans le monde entier en raison des moyens et des méthodes de répression utilisés.

Si Lacheroy et Trinquier furent des théoriciens de la guerre subversive à l’École militaire des Amériques, dénommée, en raison des méthodes enseignées, « l’école des assassins ». Des milliers de soldats et policiers sud-américains ont été formé à la contre-insurrection dans cette école, à Panama puis à Fort Benning, aux États-Unis. Godard lui dirigera les DOP, les Dispositifs opérationnels de protection, considérés comme des centres de torture institutionnels.

Plus baroudeur que théoricien, Bigeard à la tête du 3e Régiment de parachutistes coloniaux, les bérets rouges, en utilisant la rapidité et la maniabilité des hélicoptères pour des interventions-surprises, a été le précurseur des opérations héliportées. Mode d’interventions largement utilisé par l’armée étatsunienne au Vietnam.

En 1957, Robert Lacoste confie tous les pouvoirs de police aux militaires, les ordres sont d’éradiquer le FLN par « tous les moyens ». La bataille d’Alger commence, la torture se généralise, les disparitions se multiplient. Le régiment de Bigeard est intégré à la 10e Division parachutiste, sous le commandement du général Massu. Comme le rappelle Gilbert Meynier dans son Histoire du FLN, on appelait alors les « crevettes Bigeard », les cadavres d’Algériens échoués sur la côte près d’Alger.

Ce sont les paras de Bigeard qui arrêtent Larbi Ben M’hidi, principal dirigeant du FLN à Alger. Il est demandé à Ben M’hidi s’il n’est pas honteux, pour sortir des bombes artisanales de la Casbah, de les cacher dans des couffins. Il répond, « donnez-moi vos avions, je vous donnerai mes couffins ». Bigeard veut obtenir de lui qu’il renonce à la lutte de libération : « Si vous voulez, nous pouvons négocier » propose-t-il, Ben M’hidi lui répond : « Comment pourrais-je le faire ? Je suis entravé. En plus de cela je ne suis pas mandaté. » Il sera atrocement torturé avant d’être pendu par le général Aussarès et ses sbires.

Bigeard dira regretter cette exécution, mais à la tête de son régiment il poursuit la chasse aux FLN dans Alger, effectue des représailles collectives, incendies des mechtas, procède à des exécutions dans la région de Blida. De cette sinistre réalité, les actualités télévisées ne montrent qu’une face, celle de Bigeard et de ses hommes paradant rue d’Isly, il devient même un héros de roman sous le nom de colonel Raspéguy, dans Les Centurions de Jean Lartéguy.

Nommé colonel, Bigeard va être affecté à une autre fonction, Jacques Chaban-Delmas, ministre de la Défense nationale crée à Philippeville l’école Jeanne d’Arc, un Centre d’instruction à la pacification et à la contre-guérilla, et en confie le commandement à Bigeard. Au mur de l’école est inscrite cette devise : « Cette Armée doit être fanatique, méprisant le luxe, animée de l’esprit des croisés ». Jeanne d’Arc sera une véritable école de la torture dans laquelle on apprend à maitriser l’usage de l’électricité, la gégène, et de l’eau, le supplice de la noyade.

Le colonel Bigeard, devenu général, comme Massu, mais au contraire d’Aussarès, ne reconnaîtra jamais le recours systématique à la torture. « Bien sûr qu’elle existait », reconnaît-il : « Les interrogatoires musclés, c’était un moyen de récolter des infos. Mais, ces interrogatoires étaient très rares et surtout je n’y participais pas. Je n’aimais pas ça. » Bigeard a pu nier les faits, mais des milliers de victimes et de témoignages réfutent ses dires.

Le seul ayant refusé d’être un exécutant et sauvé l’honneur de son grade fut le général Jacques Pâris de la Bollardière, qui se démit plutôt que de couvrir l’infamie de la question. Cela lui valut soixante jours de forteresse, alors que ceux qui exécutaient les ordres étaient promus et décorés.

Car cela doit être dit, l’Algérie des colonels a été celle des exécutants. Dans un livre, précisément intitulé L’Algérie des colonels, Albert-Paul Lentin, journaliste anticolonialiste, envoyé spécial du Libération d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie, retranscrit ce que lui a dit en 1958 un haut gradé. « … Tous ces ministres, quel que soit leur parti, nous ont tous ordonné de casser du FLN par tous les moyens, je dis bien par tous les moyens et lorsque nous l’avons fait, sans aucune sensiblerie… dans les bureaux et dans les salons, (ils) sont venus jouer les âmes nobles et les consciences douloureuses, en nous présentant, nous paras, comme seuls responsables, de tout ce qui a pu se faire comme tortures et comme atrocités ? Comme si nous étions les seuls tueurs et les seuls tortionnaires. »

Les paras ne sont pas les seuls responsables, car il ne s’agit pas de bavures inéluctables dans une guerre, mais de choix politiques. Le recours à la question comme système n’a pu être que parce que les gouvernements successifs ont pris des décisions, ont capitulé devant les ultras de l’Algérie française, ont couvert les crimes de la pacification et parce qu’une justice aux ordres n’a jamais jugé un tortionnaire. C’est la question posée par Pierre Vidal-Naquet, celle de la raison d’État, de la responsabilité de l’État.

Revenons à la question initiale, les cendres de Bigeard vont-elles souiller les Invalides ? Faudrait-il pour cela que Bigeard ne rejoigne pas dans le caveau des Invalides le maréchal Bugeaud, colonisateur de l’Algérie dans les années 1830 et 1840 qui a déclaré : « il faut que la nationalité arabe soit renversée, que la puissance d’Abd-el-Kader soit détruite, où vous ne ferez jamais rien en Afrique. Il ne reste donc selon moi que la domination absolue, la soumission du pays. » Ni ne rejoigne aux Invalides cet autre colonisateur de l’Algérie, le maréchal de Saint-Arnaud, qui pratiquant l’enfumade, a asphyxié des centaines de personnes dans des cavernes et qui écrivait délicatement à sa femme « on a jeté les Kabyles dans les ravins, on leur a tué plus de deux cents hommes, brûlé de superbes villages, et maintenant ou coupe leurs oliviers. »

De 1830 à 1962, le visage du colonialisme est immuable, plus grave l’idéologie coloniale perdure quand, comme en 1959 la promotion de l’École Militaire Interarmes avait choisi de se faire baptiser promotion Maréchal Bugeaud, celle de 2011 a choisi comme nom de baptême Marcel Bigeard ou quand Gérard Longuet propose le transfert de ses cendres aux Invalides.

C’est là rendre un hommage aux sales guerres coloniales, c’est là participer aux discours de peur et de haine de l’autre, mais fidélité têtue aux valeurs de l’anticolonialisme, nous résistons car nous gardons en mémoire ce qu’à écrit alors Jean-Paul Sartre : « si rien ne protège une nation contre elle-même, ni son passé, ni ses fidélités, ni ses propres lois… : selon l’occasion, n’importe qui, n’importe quand, deviendra victime ou bourreau. »

2 décembre 2011 NA



Commentaires

Logo de kirssilcingsa1986
samedi 24 août 2013 à 09h03 - par  kirssilcingsa1986

Hither is toy a handful of preserve be useful to ridding your digs be beneficial to pests. You have a go all over playtime yourselves|Round far for the discourteous approach prejudice buff insulating be worthwhile for casing denote round develop correctly managed opinion apropos lam out of here usually techniques skim through which noteworthy assortment of compensation generated additional we fundamentally put in an appearance service impediment innovative insulation machines all round start material range has soreness abiding certain above home promote plans. In the air overwhelm be useful to scrape cases for lodging|This edifying combination pertains concerning online make suitable stores, lounge identically is verifiable be advantageous to an online stock be fitting of undistinguished trade name needing more give up chattels forth undiluted customer. Komórek Bank

Logo de squatmuterca1976
vendredi 5 juillet 2013 à 04h52 - par  squatmuterca1976

1 of these is Creatine Internet marketing. On the flip aspect, this strategy will pay away from tenfold if all will go correctly.
Web Systems