Chronique des Amériques du 2 décembre 2011

vendredi 16 décembre 2011
popularité : 6%

La Chronique a commencé par le morceau de rap du groupe salvadorien Reyes del Bajo Mundo, les Rois du Bas monde, avant de poursuivre notre voyage dans les Amériques par Le Salvador.

Après le Mexique nous nous sommes lancés à la découverte de l’Amérique Centrale en passant par le Guatemala, avec le Salvador nous allons continuer à appréhender la combinaison de la confiscation de l’économie dont des terres par quelques familles alliées aux multinationales au détriment de la majorité de la population plongée dans une extrême pauvreté (30,7% vit en dessous du seuil de pauvreté) avec un très fort taux de chômage, ce qui favorise la violence avec la multiplication des maras (gangs de jeunes armés se livrant au trafic de drogue, certains ont séjournés aux États-Unis où s’est par exemple formée la Mara Salvatrucha…jusqu’à leur expulsion après s’être adonnés à toutes les activités illicites : drogues, proxénétisme, vols,….

Nous sommes dans un pays de très fortes inégalités économiques et sociales, 2% de la population concentre 95% des richesses. Au milieu du 19ème siècle quand la monoculture du café s’est imposée, 14 familles régentaient l’économie du pays, c’est à peine si les choses ont évolué d’autant que le pays connaît des incidents climatiques ravageurs : des inondations ont en octobre une fois de plus affecté le Salvador provoquant le déplacement de 300 000 personnes sans abri…les pluies torrentielles ont détruit les routes, écoles, et cliniques et anéanti les cultures…

Depuis le 15 mars 2009 le Salvador est dirigé par Mauricio Funes, qui dispose d’une majorité à l’Assemblée avec des députés issus du FMLN (Frente Farabundo Marti de Liberacion Nacional), le Salvador a renoué des relations diplomatiques avec Cuba et participe à la mise en place de la CELAC. Il s’inscrit en rupture avec une période de dictature et de libéralisme économique que nous allons aborder en revenant sur la période des années 80 qui fut spécialement troublée mais où s’est aussi affirmée comme force de résistance la Théologie de la Libération avec la figure emblématique de Monseigneur A Romero.

  • Dès l’arrivée des Conquistadors au début du 16ème siècle, des représentants de l’Eglise ont accompagné la conquête des Amériques, cependant rapidement des voix de religieux se sont faites entendre pour que soit réservé un traitement plus humain aux populations indigènes (dénonciations des massacres par Bartolomé de Las Casas). Ce clivage au sein de l’Eglise se perpétue aujourd’hui avec le plus souvent les dignitaires ecclésiastiques aux côtés des pouvoirs dictatoriaux au Honduras lors du Coup d’Etat de juin 2009, sous les dictatures argentines, chiliennes ou des élites réactionnaires du Venezuela, ou de la Bolivie…et des prêtres plus proches des paysans et des indigènes.
  • Dans les années 60, la théologie de la Libération s’est développée avec des personnalités comme Don Helder Camara qui appela à « la libération du néocolonialisme s’opposant à une réalité faite d’injustices qui peuvent être qualifiées de violences institutionnelles », des publications dans les années 70 dans lesquelles se sont affirmées la demande de plus de justice sociale et l’exigence de conditions de vie plus acceptables pour les populations les plus pauvres ! La Théologie de la Libération très répandue au Brésil, a aussi essaimé au Chili, où elle a été un espace de protection des droits des individus et des communautés sous la dictature. En Amérique Centrale, elle est notamment présente au Nicaragua, où le gouvernement du Front Sandiniste de Libération Nationale comptera en 1984, 3 représentants de la Théologie de la Libération.
  • Au Salvador, la Théologie de la Libération a pris une dimension internationale avec Monseigneur Oscar A Romero, qui pourtant lorsqu’il était devenu évêque ne semblait pas devoir secouer l’institution épiscopale, mais un mois après sa nomination en mars 1977, Monseigneur Romero, affiche son désir de justice en exigeant une enquête lors de l’assassinat de Rutilio Grande, un ami jésuite engagé auprès des paysans pauvres. Il poursuit son engagement dans la lutte pour moins de pauvreté, plus de justice sociale alors qu’en 1979 une junte révolutionnaire de Gouvernement appuyée par les Etats-Unis prend le pouvoir, afin de faire face à la menace non plus d’une expansion de la révolution Cubaine mais de l’expérience nicaraguayenne. La répression se généralise au Salvador placée sous le règne de la torture, des assassinats dont de prêtres.

Le 24 mars 1980, Monseigneur Romero est abattu alors qu’il célébrait la messe dans la petite chapelle d’un hôpital, une des victimes des Escadrons de la Mort dont les cadres ont été formés à l’Ecole des Amériques où les tortionnaires de l’Algérie et de l’Indochine ont transmis leur expérience de la guerre totale et de la torture ! L’un de ses meurtriers, le Major Roberto d’Aubusson, fondateur de l’ARENA (Alliance Républicaine Nationaliste) sera candidat en 1984 à l’élection présidentielle, battu par José Napoléon Duarte du parti Démocrate Chrétien.

  • De 1980 à 1992, le gouvernement usera de l’armée contre le Front Farabundo Marti de Libération Nationale, 75 000 Salvadoriens y laisseront la vie ! une violence qui demeure latente même si le Gouvernement de Mauricio Funes, allié au FMLN tente depuis 2009 de faire évoluer le pays vers plus de démocratie et de justice sociale.

ACTUALITE DES AMERIQUES

UN RENOUVEAU DES INSTANCES POLITIQUES INTERNATIONALES A L’INSTIGATION DES AMERIQUES

Avec la création de la CELAC ( Communauté des Etats Latino Américains et Caribéen), les 2 et 3 décembre 2011, 33 pays des Amériques (hors Canada et Etats-Unis) ont affirmé la possibilité d’une alternative aux alliances économico-financières aux visées hégémoniques que mettent en place les pays tenant du libéralisme économique. A Caracas, le réveil de la conscience collective et la défense des intérêts des pays des Amériques ont présidé à cette entente que Raoul Castro définit comme « consolid(ant) symboliquement le concept d’une région unie et souveraine engagée vers un avenir commun » . Les principes de la CELAC sont développés dans la Lettre bicentenaire adoptée par les 33 pays participants (du Mexique au Chili en passant par les Caraïbes, comprenant les pays de l’ALBA, Alliance Bolivarienne pour les Peuples des Amériques : Cuba, Venezuela, Bolivie, Equateur), ils visent à « unir les volontés dans le respect de la diversité, en réglant les différents pour une meilleure coopération au service des peuples. » D’emblée la solidarité avec Haïti a été renouvelée pour contribuer à sa réorganisation et son développement en accord avec son gouvernement et en fonction des besoins du peuple haïtien. Outre le silence des médias internationaux sur la CELAC, la réponse des Etats-Unis a consisté dès le week end suivant à appuyer l’initiative des Cubains anticastristes d’envoyer une flottille violer les eaux territoriales cubaines. Il est vrai que la fronde des pays de l’ALBA à l’encontre de l’ONU, a pu agacer les Etats-Unis avec la dénonciation d’une part du caractère inique du droit de veto des Etats-Unis (prorogation pour la 20ème fois du Blocus instauré depuis plus de 50 ans contre Cuba, refus de l’adhésion de la Palestine) et d’autre part des dérives de fonctionnement du Conseil de Sécurité qui officie à huis clos et entraîne la communauté internationale dans des interventions armées mettant en jeu la sécurité de tous les pays.

Le refus de se prêter aux manigances des pays industrialisés s’est aussi exprimé lors des négociations de la Commission de l’ONU sur le changement climatique à Durban où les pays de l’ALBA se sont insurgés contre le manque de volonté politique pour se doter des moyens pour sauver les écosystèmes et les hommes !

Roxana, El Otro Correo - Rencontres avec des Peuples en Lutte



Commentaires