Intervention du 23 Février 2012 d’Henri POUILLOT à la Séance d’ouverture de la semaine

mardi 28 février 2012
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Le 23 février 2006, j’intervenais déjà au nom du tout nouveau collectif qui venait de se constituer pour demander la suppression de cette loi inique du 23 février 2005, dont Chirac avait été obligé de retirer un alinéa de l’article 4 demandant aux enseignants de présenter dans leurs cours : "le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord…" Il y a 6 ans, nous n’étions alors qu’une centaine de manifestants devant l’Assemblée nationale, mais depuis, chaque année, ce collectif se renforce, et cette année la semaine anticoloniale est devenue une large quinzaine, tant il y a de manifestations annoncées en Région parisienne mais aussi en Province.

Ce soir mon intervention ne sera pas une démonstration de la mise en œuvre d’une politique coloniale de la France dans le monde, les différents débats organisés dans toute cette période le feront bien plus efficacement, et je vous invite à sélectionner les séances qui vous permettront ainsi de mieux comprendre cette dérive politique. Certes nous pouvons nous réjouir que le Printemps arabe a permis de se débarrasser de dictateurs comme les Ben Ali, Moubarak, Kadhafi … Mais ces révolutions restent fragiles et les menaces pèsent pour tenter de leur imposer des orientations qui n’ont pour objectif que le contrôle de ressources pétrolières ou des positions stratégiques dans ce moyen orient.

Cette année coïncide avec le 50ème anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie. Cela représente un enjeu idéologique important : le colonialisme et le racisme se sont toujours confondus. Depuis 2002, avec la prise de pouvoir dans l’appareil de l’UMP par la tendance des anciens activistes Buisson, Devedjian, Madelin, Sarkozy, Longuet,… anciens membres ou militants des groupes d’extrême droite issus de la fin de la Guerre d’Algérie : GUD, Assas, Occident, Ordre nouveau, Action Française… nous assistons à une réhabilitation au grand jour de ces thèses coloniales. La politique de la Françafrique n’a pas cessé depuis les indépendances. Des états déclarés sur le papier comme indépendants, ont été, de fait, mis en tutelle politique et économique par les procédés mafieux des Focard, Bob Dénard et autres mercenaires utilisés pour assassiner les réels indépendantistes, et mettre en place, corrompre les dictateurs acceptant de jouer le capitalisme Français.

Les discours du 7 février 2007 à Toulon du candidat Sarkozy à la Présidence de la République, puis celui de ce président à Dakar du 27 juillet 2007 traçaient cyniquement cette démarche politique. Et ces 2 dernières années les exemples se multiplient pour une réhabilitation, de fait, de cette nostalgie coloniale, par le Président de la République et son Gouvernement, ses anciens ministres… La liste est trop longue pour la développer, je suis prêt à répondre en aparté à toutes les précisions nécessaires sur ces faits (il faudrait une heure d’exposé pour arriver à être presque exhaustif), donc je n’évoquerai juste que :
- "Confusion" entre "morts pour la France" et "morts pour l’OAS contre la France" avec les noms de victimes de la manifestation de la rue d’Isly du 26 mars 1962 à Alger qui défilent sur le mémorial du Quai Branly.
- Commémoration des Barricades d’Alger de janvier 1960 à Toulon
- Stèle, dans la caserne de Pau à un officier putschiste, OAS, condamné à mort par contumace
- Légions d’honneur à titre militaire à des officiers OAS : J-F Collin, Hélie Denoix de saint Marc
- Le projet du transfert des cendres du Général Bigeard aux Invalides.
- La volonté d’un ex-ministre de la tenue d’un débat dans sa ville de Nice sur le thème d’un regard croisé de la guerre d’Algérie, 50 ans plus tard….

Mais 50 ans après cette fin de la Guerre d’Algérie, ne serait-il pas plus que temps de reconnaître que le colonialisme, comme l’esclavagisme, a engendré des crimes contre l’humanité ? Ne serait-il pas temps de reconnaître que de nombreuses indépendances de peuples colonisés (Madagascar, Cameroun, Vietnam, Algérie…) se sont faites au prix de nombreux crimes d’états et crimes contre l’humanité . Je ne voudrais rappeler que :
- les massacres orchestrés par la police de Papon aux ordres du gouvernement Debré/Frey que sont les 17 octobre 1961 (avec les centaines d’Algériens assassinés ou noyés par des policiers de la République) et le massacre de Charonne (avec les mêmes responsables)
- les tortures, les viols, les exécutions sommaires, les crevettes Bigeard, les enfumades, les villages rasés au napalm (des centaines d’Oradour sur Glane à la Française), les camps d’internement pudiquement appelés camps de regroupement où le quart de la population rurale a été enfermée (générant environ 200.000 morts de faim, de maladie, d’exécutions…), les essais nucléaires générant encore aujourd’hui des catastrophes, chez les militaires exposés, mais aussi dans la population civile vivant dans cette région

Oui, pour les victimes et leurs descendants, vivant en France où dans leurs pays d’origine, il est temps que ces crimes soient reconnus condamnés. Il n’est pas tolérable que ce silence coupable tente d’inverser les responsabilités. Non Monsieur Sarkozy, on n’a pas le droit de donner des leçons de droits de l’homme aux Turcs, quand, en France, on n’a pas reconnu ces graves atteintes criminelles commises en notre nom.

Sortir du Colonialisme, avec cette semaine, entend porter haut ce combat. Un pétition est bientôt en ligne sur notre site www.anticolonial.net elle recevra vos signatures. Je propose que les personnalités ici présentes, qui le souhaitent, patronnent cette démarche. Cette pétition sera remise aux candidats à l’élection présidentielle et localement aux candidats aux élections législatives.

Avec le Sarkozisme, nous connaissons déjà la réponse. Elle a été donnée par le Maître, dès décembre 2007 lorsqu’il s’est rendu en Algérie. Il a osé dire : "Les jeunes générations n’attendent pas de leurs dirigeants qu’ils se mortifient pour les erreurs passées". Quelle Honte, pour les victimes, pour notre pays que ce président ose prononcer une telle sentence. Pour terminer je ne voudrais que vous donner connaissance des propos du Président Sarkozy lus le 29 janvier dernier par son Ministre Gérard Longuet cet ancien baroudeur du Groupuscule fascisant "Occident", il y a 3 semaines à Perpignan pour l’inauguration du Musée de l’Algérie Française pudiquement appelé "Centre de documentation des Français d’Algérie". C’était devant un parterre de quelques centaines de nostalgique de l’Algérie Française , de l’OAS : "J’aurais voulu vous affirmer, à vous dont la plupart se trouvaient avec moi à Toulon il y a cinq ans, le 7 février 2007, que je ne changerais pas un mot, pas une virgule à ce que je vous avais dit alors… Vous le savez, je me suis toujours opposé à toute forme de repentance. Les hommes et les femmes qui sont partis s’installer en Afrique du Nord pour y travailler et fonder des foyers, loin d’être frappés d’opprobre, méritent notre reconnaissance ; en développant l’économie de ces nouveaux territoires, ils ont œuvré à la grandeur de la France. Ils ont bâti des routes, des ponts, des écoles, des hôpitaux, ils ont cultivé des sols arides, ils y ont planté. Poursuivant leur œuvre, leurs descendants ont tout donné à la terre sur laquelle ils étaient nés. Leurs mérites je les connais et j’ai toujours veillé à mener une politique qui en soit respectueuse, en demandant notamment à la Mission interministérielle aux rapatriés de rester en permanence à l’écoute de vos grandes associations nationales. La loi du 23 février 2005, voulue par un gouvernement auquel je participais, si décriée par les adeptes de la repentance, a permis de prendre en compte les attentes justes, exprimées depuis longtemps par les rapatriés. D’ores et déjà, je vous affirme que cette année 2012, cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie, sera l’année du souvenir et de recueillement, sûrement pas celle de la repentance."

Quand l’on sait d’autre part qu’Alain Juppé est allé rencontrer le Président Bouteflika il y a quelques semaines pour lui demander que ce 50ème anniversaire soit commémoré avec modération, on retrouve bien, là la démarche coloniale où le colon intime, à son vassal, ce qu’il est autorisé à faire.

Tout ceci est bien la démonstration, que, lors de cette semaine anticoloniale une autre voix doit se faire entendre, d’autant plus que nous sommes dans la campagne électorale pour la présidentielle où des orientations fondamentales vont se dessiner.

La France doit retrouver les moyens de pouvoir être de nouveau un modèle à suivre pour les droits de l’homme. Un traité d’amitié entre les peuples Français et Algériens s’impose, avec urgence, mais sur des bases claires, sans ambigüités, en reconnaissant les responsabilités croisées, sans odeur de pétrole ni de gaz…

Stop à la Françafrique, retour immédiat de tous nos soldats en métropole, annulons les dettes indignes, réalisons des contrats de coopération mutuellement positifs avec nos partenaires, et tout particulièrement tous ces pays où la France dispose d’une influence morale importante.

Vive une France digne, une France anticoloniale.




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