Les kurdes en grève de la faim illimitée à Strasbourg

mercredi 7 mars 2012
popularité : 4%

Alors qu’une grève de la faim totale et illimitée menée par plus de 400 prisonniers politiques kurdes, dont quatre députés, se poursuit en Turquie, quinze autres kurdes ont lancé une grève de la faim illimitée à Strasbourg pour briser l’isolement du chef du PKK et demander l’octroi d’un statut politique au peuple kurde.

Les prisonniers politiques sont en grève de la faim totale et illimitée depuis le 15 février. Parmi eux, figurent notamment quatre députés du principal parti kurde BDP. Plus de 6 300 membres actifs de ce parti, dont 31 maires, sont actuellement en prison dans le cadre d’une campagne de répression sans précédent lancée en 2009.

Les grévistes protestent contre l’isolement du leader kurde Abdullah Öcalan qui, emprisonné sur l’Ile d’Imrali depuis 1999 dans un isolement total, n’est pas autorisé à rencontrer ses avocats depuis le 27 juillet 2011. Ils demandent la libération d’Öcalan et de tous les prisonniers politiques, la reconnaissance officielle des droits collectifs du peuple kurde dans la constitution, notamment la reconnaissance de l’identité kurde et le droit à l’enseignement en kurde.

Grève menée au foyer de l’église de St. Maurice

En dehors des prisons, des centaines d’autres personnes participent à cette grève à travers le pays, de manière limitée. En Europe, un groupe de 15 personnes, dont cinq femmes, a lancé le 1er mars une grève totale et illimitée devant le bâtiment du Conseil de l’Europe. Les grévistes n’ayant pas été autorisés à rester devant le Conseil de l’Europe, ils se sont rassemblés dans le foyer de l’église de St. Maurice.

« Le gouvernement AKP s’efforce, par son concept de guerre totale, de piétiner la démocratie, les libertés et tout ce qui se rattache à la paix » ont dénoncé les grévistes devant le Conseil, avant d’ajouter qu’Öcalan est un acteur incontournable dans la résolution de la question kurde.

« En niant cette réalité et en persistant dans sa politique d’isolement et de prise d’otage, le gouvernement éloigne chaque jour un peu plus la Turquie de la voie de la résolution politique. Les Kurdes sont très inquiets pour la santé et la sécurité de leur leader » ont-ils déclaré.

Les puissances occidentales sourdes et muettes

Affirmant qu’au nom des droits de l’homme et de la démocratie, « les puissances occidentales deviennent subitement aveugles, sourdes et muettes lorsqu’il s’agit des Kurdes », ils soulignent : « Les organisations internationales font également comme si de rien n’était. Le CPT, seule organisation à pouvoir visiter la prison d’Imrali, n’a toujours pas répondu aux appels répétés du peuple kurde. »

« Les Kurdes demandent la justice, la libération d’Abdullah Öcalan et de tous les autres prisonniers politiques, et une résolution équitable et démocratique de la question kurde. Comme tous les peuples, nous voulons vivre libres dans notre pays. »

« Mes deux identités sont réprimées »

Gonul Kaya, une femme âgée de 40 ans, venue d’Allemagne, dit participer pour la première fois à une grève de la faim illimitée. « Je suis femme et kurde. Mes deux identités sont réprimées en Turquie », dit-elle, avant d’appeler les femmes à se mobiliser, « car la femme qui lutte, qui résiste gagne sa liberté ».

« Nous n’abandonnerons pas la grève jusqu’à ce que nos revendications soient satisfaites », ajoute Erol Polat, âgé de 41 ans.

La grève de la faim continuera et s’étendra

En parallèle, des grèves limitées à cinq jours et reconductibles seront organisées au 10e jour de la grève totale par des groupes venus de différents pays européens, a-t-on appris auprès de « l’Initiative pour la liberté d’Abdullah Öcalan » qui est à l’origine de la grève. Les revendications des grévistes :

1- Le Conseil de l’Europe et ses institutions doivent prendre en considération les graves menaces pesant sur la santé et la sécurité d’Öcalan et agir pour mettre fin à cette situation.

2- L’isolement total d’Öcalan inquiète fortement le peuple kurde et risque de conduire à des tensions sans précédent dans le pays. Il doit immédiatement cesser et les avocats d’Öcalan doivent être autorisés à lui rendre visite.

3- Les organisations internationales, le Conseil de l’Europe en particulier, doivent prendre des mesures pour la libération d’Öcalan et la résolution pacifique de la question kurde.

4- Le Conseil de l’Europe doit appliquer à la Turquie une procédure particulière afin d’observer les pressions et les violences exercées à l’encontre du peuple kurde. Dans le cas où l’État turc ne change pas sa politique, le Conseil de l’Europe doit envisager de suspendre son statut de membre.

5- L’Union européenne et les États européens doivent cesser de soutenir la politique de négation et violence de l’État turc ; ils doivent mettre leur influence au service d’une solution équitable et pacifique à la question kurde. Pour cela, il est avant tout nécessaire d’enlever le mouvement de libération kurde de la liste des organisations terroristes.

6- Les organisations et institutions internationales doivent agir pour favoriser une résolution politique et démocratique de la question kurde et pour permettre à Monsieur Öcalan d’accomplir son rôle d’acteur politique incontournable.

7- Les organisations internationales et l’opinion publique démocratique doivent soutenir et être activement solidaires de la lutte du peuple kurde pour la liberté, la démocratie et la paix.

Centre d’Information du Kurdistan 147, rue La Fayette 75010 Paris Tel : 01.42.81.22.71



Commentaires