C.C.N (Carib Créole News)

lundi 4 mars 2013
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La Réunion. Une situation sociale qui demeure toujours explosive

Saint Denis. Vendredi 1er Mars 2013. CCN. Une semaine après la nouvelle crise sociale qui a secoué la Reunion, CCN a demandé à Jean Claude Barret, militant de Lorganizasion Popiler Por nout Pei (LPLP) de nous brosser un tableau de la situation sociale de son pays. Fondamentalement, elle n’est pas très différente de ce qui se passe dans les dernières colonies françaises des Caraïbes … qui s’en étonne ?

La situation à la Réunion est et reste explosive. Cette situation difficile est le produit d’un régime néo-colonial baptisé en 1946 « département français » Outre Mer.

Quelle est la situation dans « ce département français » lointain ? Il s’agit en fait d’un des derniers confettis de l’empire colonial de 2500 km2, dans l’océan indien, à 13 000kms de l’Europe. Avec Mayotte et la Réunion, l’Etat français reste la dernière puissance coloniale de l’océan indien.

En quelques mots pour vous éclairer sur une réalité vécue par le peuple réunionnais.

La Réunion compte dans les derniers recensements quelques 850 000 habitants (environ 650 000 réunionnais). Depuis une quarantaine d’années, le colonialisme français a importé dans notre pays, un peu - beaucoup même - de population étrangère. J’entends par là des ressortissants français, pas forcément de France, mais toute une panoplie de population en mal d’exotisme et de soleil en provenance des anciennes colonies libérées, qui s’est installée en conservant – bien que chez nous – leur comportement de mépris (méprisable) vis-à-vis des réunionnais. Ainsi, ils échouent à la Réunion, s’installent avec la complicité de l’Etat et de réseaux de français, occupent emplois et logements – réduisant du même coup les chances des réunionnais de trouver un emploi et un logement décent.

Depuis les années 60 l’Etat français a organisé un vaste transfert de population. Aujourd’hui plus de 220 000 enfants de la Réunion vivent l’exil comme solution de survie. A cause de la crise en France, le chômage frappe davantage cette population colorée, ils clochardisent à 13 000kms du pays. Pour fuir cette misère, ils s’évadent par suicide : récemment un policier s’est donné la mort dans le commissariat de Bois Colombes/Anières – d’autres deviennent clients des hôpitaux psychiatriques … Dans le même temps, ces populations importées ont remplacé nos enfants. Manifestement, l’Etat français mène à la Réunion, comme dans les autres colonies, une politique génocidaire qui ne dit pas son nom. Le pouvoir entend ainsi modifier le rapport démographique de la population à la Réunion. La Kanaky reste l’exemple type le plus criant, où les Kanaks se comptent à moins de 50% ( 47% en 1989 donné par le FULKS de Yane Céléné).

Pour avoir une idée de la situation, les données suivantes sont nécessaires

Sur une population active de 592 900 personnes, 40% se retrouvent au chômage ou en recherche d’emploi, 162.480 sont inscrits à Pôle emploi (chiffres du 26 janvier 2013). A l’échelle de la France cela donnerait plus de 9 millions de chômeurs – à noter que moins de la moitié de ces sans-emplois sont maigrement indemnisés. 60% de la jeunesse réunionnaise est cruellement frappée par le chômage, et sans perspective d’avenir. Ils sont condamnés à survivre avec des petits contrats aidés de 3 à 6 mois, parcimonieusement attribués au compte goutte, et à la tête du client par des maires, de droite ou de gauche, aux comportements de potentats locaux. Ils sont les groblancs* d’aujourd’hui. Ainsi s’est créée une espèce de clientélisme, les maires s’assurant leur réélection et la pérennité de leur mandat. Certains de ces élus siègent depuis 40 ans sans interruption. C’est le cas de Roland Robert, le maire communiste de La Possession et président de l’association des maires de la Réunion. Une véritable structure sociale et politique s’est mise en place, nous rappelant tristement l’époque coloniale ou des seigneurs …

Le nombre de demandeurs d’emplois à la Réunion dépasse le total des demandeurs d’emplois réunis des départements des Antilles et de Guyane, 52% du total des chômeurs des DOM sont à la Réunion. Avec Mayotte 26,9% notre pays tient la palme du chômage dans l’océan indien. En effet, on relève 2,7% pour les Seychelles, 2,8% pour Madagascar, 7,5% pour l’île Maurice.

Face à ce désastre social et économique, Victorin Lurel, le ministre des colonies d’Outre Mer dit comprendre les manifestants, et propose « généreusement » 5000 contrats d’avenir pour la Réunion sur les 9500 attribués aux DOM. Une goutte d’eau dans l’océan des revendications de la jeunesse. Par cette déclaration, l’Etat français affiche son mépris et sa méconnaissance total vis-à-vis des besoins réels des réunionnais.

Tout semble être fait pour décourager les réunionnais de la culture du travail, et l’amener à vivre dans l’assistanat, en mendiant des miettes aux maîtres du moment. L’Etat français vient de décider, pour protéger la nature (?) de créer à la Réunion un Parc national français. Des petits agriculteurs travaillant leur terre depuis des lustres, de père en fils, se retrouvent arrêtés et mis en garde à vue. Les administrateurs de ce Parc ayant décidé de récupérer ses terres - et sans indemnisation – sous prétexte que ces terres agricoles étaient dans le périmètre du Parc, des éleveurs de boeufs sont chassés de leur pâturage naturel, les petits kiosques installés depuis la nuit des temps dans le grand Brûlé, sur le site du Volcan ont dû partir. Quelques 70 petits cultivateurs de goyaviers, petits fruits servant à la confection de confiture ou de pâte de fruit sont menacés de faillite. Les administrateurs du Parc ayant décrétés que ces arbustes sont des pestes végétales, les producteurs sont sommés de cesser leur activité sur leurs propres terrains. Il est aussi interdit aux habitants à proximité du parc de ramasser du bois mort – ils devront s’approvisionner en gaz butane (qui coûte cher, bientôt à 22€) - pour cuire leurs aliments. La réserve marine créée, sous le prétexte de protéger le lagon et ses coraux, a pour conséquence la fermeture de l’accès à la mer aux petits pêcheurs habitués, ôtant toute possibilité d’améliorer l’ordinaire de leur famille.

Les petites entreprises réunionnaises étranglées par la fiscalité et les différentes charges sont pratiquement exclus des marchés publics, réservés aux filiales des multinationales : Lafarge, Eifel, la SBTPC ou encore la GTOI – qui ensuite sous-traitent avec les entreprises réunionnaises pour les couler plus vite. Ainsi, 7000 à 8000 de ces petites entreprises réunionnaises sont menacées de faillite. L’argent public gaspillé coule à flots. Au Congrès des maires de France, plus de 120 personnes accompagnent les 24 maires titulaires. Toute une smalah (un aréopage) de proches, épouses amis, copains et copines font partie de la délégation au congrès des Maires de France. La route du littoral, la plus chère du monde au kilomètre est perpétuellement en travaux de réparations, sans compter les victimes occasionnées lors des éboulis répétés. Sur la rivière St Etienne, un pont s’est écroulé il y a 5 ans, un radié submersible de 500 000€ a été reconstruit par ces grandes entreprises 3 fois en deux ans, deux fois en moins de 15 jours ce mois de janvier, un million d’euros ont été jeté dans les eaux en furie de la rivière. Il n’y a pas de travail pour la jeunesse réunionnaise.

La population plus âgée vit aujourd’hui quasiment dans l’insécurité alimentaire, parfois sans les soins nécessaires à leur état de santé et leur grand âge. 52% de la population réunionnaise vit en dessous du seuil de pauvreté. L’Insee note que le niveau de vie médian réunionnais est de 39 % inférieur à celui de la France, tandis que le coût de la vie est de plus de 40% supérieur à celui pratiqué en France. Seuls les fonctionnaires de l’Etat, en grande partie des cadres français importés peuvent s’en sortir. Ils bénéficient d’une prime de 53% de sur rémunération minimum, et peut atteindre plus de 70% dans certains secteurs publics.

Toujours selon l’Insee, le travail ne met plus les travailleurs à l’abri de la pauvreté, 30% vit disons, un peu la double peine, celle de travailler et celle d’être pauvre. Ces populations vivent dans les bidonvilles perpendiculaires de la SEMADER, des HLMR de la SIDR (cité Spencer au Port dans la presse récemment), un véritable scandale : des logements pourris mais chèrement payés par des locataires dans le dénuement), et 25 000 à 30 000 familles réunionnaises attendent depuis plus d’une décennie un logement décent.

Lassées des demandes infructueuses, des pères de familles construisent légitimement sur leur terrain un abri de parfois moins de 50m2 - une kaze pour sa famille et ses enfants. L’occupant français, armé du prétexte de constructions illégales, jette les familles à la rue, et procède comme les sionistes en Palestine, sur ordre du Préfet colonial à la déconstruction des maisons, cela, sous la protection bienveillante et sécurisée de la gendarmerie nationale française, et d’un huissier de l’injustice. Les bulldozers et tractopelles entrent en action, les kazes sont détruites, écrasées … écrasées comme la légitimité de milliers de familles réunionnaises quand elles veulent vivre chez-elles – dans l’attente d’un meilleur logement. Ainsi, des familles réunionnaises de St louis, de l’Etang Salé, de St Leu, de l’Entre Deux ont fait les frais de ces actes de barbarie coloniale. En 2012, à la Réunion se pratique encore une politique de terrorisme d’Etat, de barbarie contre la population pauvre. Une provocation de plus du Maître sur les dominés, une provocation du colonialisme sur la population pauvre de la Réunion. L’occupant joue avec le feu, un feu qui couve dans la société réunionnaise. Les émeutes de ces derniers jours en sont les preuves formelles.

Plus d’un demi siècle après la départementalisation coloniale décrétée, 120 000 à 130 000 personnes ne savent lire, ni écrire. En 2010, 271 000 personnes (environ 300 000 en 2012), soit un tiers (1/3) de la population réunionnaise, survit de minima sociaux – des chiffres en constante augmentation. La société réunionnaise vit un malaise social sans précédent, le désespoir grandit - 3 tentatives de suicide par jour sont décomptées, jusqu’à 4-5 suicides certaines semaines, n’est ce pas là un indice du mal vivre dans ce département français de l’océan indien ?

Depuis février 2012, un vent de colère gronde dans la population confrontée chaque jour à un peu plus de restrictions avec l’incessante augmentation des prix. De nombreuses manifestations, un peu éparpillées, dans le nord, le sud, l’ouest, dans l’est, des jeunes descendent dans les rues de St Denis/Chaudron, au Port, St Benoit, St André, St Louis, St Pierre, le Tampon, l’Etang Salé, des rassemblements se font devant les mairies. Les gens défilent pour crier leur colère devant l’augmentation du coup de la vie, de la bouteille de gaz, des carburants trop chers, des émeutes éclatent au Port, 500 policiers sur le terrain affrontent les jeunes, en 4 jours quelques 159 otages seront capturés, une vingtaine seront jetés en prison. La panique gagne la sphère de l’administration coloniale qui appelle au calme et achète la paix sociale en décidant de ramener le prix de la bouteille de gaz de 23€ à 15€ jusqu’en février 2013 - et aussi une baisse sur les prix du carburant.

Un peu plus tôt que l’an dernier où des mouvements de colère et des incidents se sont produits dans 20 communes sur 24, cette année presqu’à la même période de février, dans la même ville de St louis les manifestations de mécontentement recommencent. Les jeunes en souffrance, les moins de 25 ans, sans emploi et sans ressource se mobilisent dès le 6 février. Il exigent du maire pseudo-communiste de St Louis des contrats aidés de travail, tant promis pendant la campagne électorale. Le refus du maire de rencontrer la jeunesse met le feu au poudre et fait monter la colère, un climat de guérilla urbaine s’installe dans les rues de la ville. Une cinquantaine de jeunes manifestants rejoints par d’autres encore demandent aux commerçants de fermer leurs boutiques en solidarité avec leur mouvement. Les routes sont bloquées, des arbres coupés, des barrages sont dressés avec des poubelles et des pneus en feu. La mairie est occupée, du matériel est détruit ou installé sur la voie publique comme barrage, des voitures municipales sont détruites. Toujours pas de maire, enfin il s’est décidé à rencontrer les manifestants, mais sans répondre à leurs demandes pressantes. Comme d’habitude que des promesses, encore des promesses …

Ce même 6 février, le Chaudron, un quartier de St Denis dirigé par un maire socialiste, repris de justice s’embrase à son tour. Dès 19h45, les policiers stationnés dans le quartier sont caillassés, des poubelles incendiées barrent la route. Les forces de l’ordre protègent le centre commercial Jumbo-Score menacé de pillage par les manifestants en colère, les autres petits commerces sont laissés à la vindicte populaire. Plus tard dans la nuit, des jeunes cagoulés affrontent les forces de l’ordre, échange de gaz lacrymogène contre jet de pierre. Un hélicoptère survole le quartier pour tenter de dissuader le regroupement des manifestants, qualifiés de racailles, de cagnards – ainsi s’affiche le mépris pour cette jeunesse en souffrance qui demande un travail pour pouvoir manger et vivre comme tout un chacun. La mairie du quartier du Chaudron brûle dans un incendie et est en partie détruite.

Du 14 au 20 février, la commune du Port s’embrase à son tour. La tension sociale qui couvait dans différents quartiers de la ville explose. Les jeunes, toujours considérés avec mépris comme des moins que rien, des feignants, réclament un travail ; d’autres dénoncent leurs conditions de logements. Une centaine de jeunes montent des barricades. Une remorque réquisitionnée renforce le barrage ; des cargaisons de terre, de gravats divers sont déversées ; des glissières de sécurité démontées, des galets barrent les rues ; des pneus, des palettes, des poubelles enflammés forment un barrage de feu entre les manifestants et les forces de l’ordre. La ville du Port est pratiquement paralysée. Des voitures sont incendiées, des commerces, des bureaux PMU sont pillés, le bureau de la CINOR est dégradé, plus de 100 bouteilles de gaz disparaissent d’une station service. Les gardes mobiles appelés en renfort commencent la chasse aux jeunes manifestants pendant pratiquement une semaine. Les jets de galets répondent aux lancements des grenades lacrymogènes, qui atterrissent jusque dans les maisons. Dans la nuit du 19 au 20 février un bébé de 6 mois intoxiqué par les gaz balancés par les forces de l’ordre est hospitalisé en urgence. La mairie annexe de la rivière des Galets est détruite par un incendie. Dans leur chasse, la police capture 19 jeunes qui seront présentés au parquet pour attroupement et refus d’obtempérer. Un chef d’entreprise du Port est ouvertement accusé par le maire communiste de la commune d’encourager les violences.

Face à la jeunesse portoise révoltée et abandonnée dans le chômage et la misère, J. Yves Langenier, le maire communiste se défile, fuit ses responsabilités et celles de son parti qui administre la ville du Port sans interruption depuis 1971.

A St Louis, le matin du 21 février, des mamans manifestent leur mécontentement devant les conditions d’accueil de leurs enfants dans les écoles de la commune. Sur une radio locale (Freedom), et dépassé par les évènements, le maire communiste de la ville traite ces mamans de pétroleuses*.

La semaine prochaine, à partir du 1er mars, le risque est si grand que personne ne peut prévoir ce qui se prépare ... Les Conseils Régional et Général vont cesser de subventionner la SRPP, le prix de la bouteille de gaz retrouvera son prix de 2012 avant les émeutes. Soit une hausse de plus de 46% : son prix passera de 15€ à 22€ ou 23€. Les carburants connaîtront une hausse de 6% à 7% qui va impacter davantage le budget des ménages. Le manque ou insuffisance de transports publics à la Réunion oblige les travailleurs encore actifs, a utiliser leur voiture personnelle. Ces augmentations annoncées font craindre un embrasement général dans toutes les communes de l’Île, sachant qu’elles concernent l’ensemble de la population. Prévoyant, le préfet vient d’annoncer avoir demandé des renforts de police et de gendarmerie mobile en deux temps, d’abord en provenance de Mayotte mais également de France. Les foyers de révolte couvent un peu partout dans l’île, mercredi soir encore, différents incidents majeurs ont été relevés. A St Benoît, au centre ville de St Denis, au Port et à St Louis aussi. Les forces de l’ordre montent la garde un peu partout dans les quartiers chauds en attendant du renfort.

Pour le LPLP/MAR
J. Claude BARRET

  • P.S – les groblancs de la Réunion sont ces descendants d’esclavagistes, nos békés en quelque sorte

- *P.S - dans les années 40, pour interdire de paroles des orateurs adverse lors de meetings électoraux, les autres armaient leurs partisans de ferblanc, sorte de récipients en tôle dans les quels étaient conditionnés différents produits, pétrole, graisse, huile etc… Les partisans faisaient un boucan pas possible, l’orateur devenait inaudible. C’est ce qui s’est passé lors de l’assassinat de Alexis de Villeneuve candidat MRP



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