Petite histoire de la raciologie

mardi 4 juin 2013
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Petite histoire de la raciologie

Si les interprétations du devenir humain se sont peu à peu laïcisées à partir de la Renaissance, et si les Lumières ont cultivé les philosophies de l’histoire, le grand siècle des systèmes théoriques est le XIXème.

« Le XIXème siècle a tout mesuré, quantifié : la coloration, la peau, la respiration, la barbe, les cheveux, l’angle facial, les indices nasal et orbitaire, les rapports du radius à l’humérus, du tibia au fémur, le degré de stéatopygie et le tablier de la Vénus Hottentote etc. mais par-dessus tout le cerveau, ses circonvolutions, et la capacité crânienne. Un tel engouement s’explique par l’importance des progrès scientifiques. La biologie s’institutionnalise avec la Révolution qui crée le Muséum d’histoire naturelle et des chaires, ou officient Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvier, les successeurs de Linné et Buffon. Une nouvelle avancée se produit dans la deuxième moitié du siècle avec Darwin, Mendel et la constitution de l’Ecole française d’anthropologie physique. Paul Broca fonde en 1859 la Société d’anthropologie et contribue à la création de l’Ecole de Paris (1875), de la Revue d’anthropologie (1871) et aux premiers dictionnaires de la discipline. »

Les exhibitions de populations permettaient l’approfondissement des théories raciales et leurs vulgarisations qui visaient, entre autres à légitimer l’entreprise coloniale et à faire approuver le bien fondé de la mission civilisatrice. C’est dans ce contexte colonial d’expansion européenne que va donc se développer l’anthropologie.

Ainsi, les indigènes des exhibitions du jardin zoologique d’acclimatation mais également des expositions universelles et coloniales étaient présentés devant les sociétés savantes. Considérés comme des spécimens ils étaient mis à nu, mesuré, pesé, ausculté, leur corps devenant un objet manipulable à volonté.

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Dès 1799, le naturaliste et philosophe Louis-François Jauffret fondait, avec Cuvier entre autres, la société des observateurs de l’homme, société tournée vers l’étude des origines de l’homme et particulièrement vers les populations mélanodermes. Une des œuvres de cette société fut d’organiser le voyage de Nicolas Baudin en Australie de 1800 à 1803. Ce voyage, ethnologique annoncera les voyages scientifiques qui suivront tout au long du XIXème siècle, soit accompagné de savants, ou tout simplement effectués par des aventuriers que les scientifiques encadreront à distance par l’intermédiaire de manuels d’observations ou d’instructions.

La Société d’Anthropologie de paris

La Société d’Anthropologie fut fondée par Broca en 1859 (année même ou Darwin publie On the Origins of Species), vingt ans après la création de la société d’ethnologie.

À l’origine de cette création est le refus de la Société de biologie, présidée par Pierre Rayer, d’auditionner Broca sur un mémoire touchant à l’hybridité. Broca, tenant non seulement à la diffusion de ses idées, mais jugeant urgent de réunir des scientifiques de différentes disciplines pour se consacrer à développer l’anthropologie, réunit dix-neuf collègues afin de fonder une Société dont le but serait de diffuser les études et les recherches sur l’Homme. Elle comporte dix-neuf membres, car la police de l’Empire interdisait les associations de plus de 20 personnes. Sur les dix neuf membres, seize sont médecins.

Broca donnera à l’anthropologie la définition suivante :

« la discipline se proposait non seulement de classer et de décrire les races humaines, et de chercher l’origine des variétés permanentes, des types héréditaires, des caractères si divers et en même temps si gradués qui constituent les races […] [de] déterminer les filiations des peuples, de retrouver les traces de leurs migrations et de leurs mélanges, [d’]interroger leur monuments, leur histoire, leurs traditions, leurs religions, et de les suivre même au-delà de la période historique pour remonter jusqu’à leurs berceau ».

Armand de Quatrefages, lui aussi anthropologue, rajoutera :

« L’anthropologie est la science des hommes, comme la zoologie est la science des animaux, comme la botanique la science des végétaux. Bien plus anciennes qu’elle, et par cela même, bien plus avancées, ces deux sciences doivent lui servir de guide ».

Comprendre scientifiquement les différences entre les hommes c’est évaluer dans un premier temps les différences physiques qui sont d’ordre visuel : la couleur, la taille, les proportions, la morphologie du corps… une mise à distance s’opère entre les anthropologues et les personnes étudiées, mise à distance relativement plus facile lorsque les observés sont de nature différente des observateurs. Bien que cette science trouve son apogée dans le XIXème siècle, nous pouvons citer les travaux précurseurs de Peter Camper (1722 – 1789) qui propose dès la moitié du XVIIIème siècle une classification de l’humanité à partir de l’angle facial du visage.

La Revue d’Anthropologie sera crée en 1872 et l’Ecole d’Anthropologie de Paris en 1876.

La notion de race

Le Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle (XIIème siècle) met en garde les pèlerins contre certaines mauvaises rencontres :

« C’est un peuple barbare différent de tous les peuples et par ses coutumes et par sa race, plein de méchanceté, noir de couleur, laid de visage, débauché, pervers, ivrogne, impie et rude, cruel et querelleur, inapte à tout bon sentiment, dressé à tous les vices et iniquités. »

Si ce texte est emprunt de la raciologie du XIXème siècle, c’est encore le mot peuple qui est utilisé dans cette France du XIIème siècle. Il faudra attendre la fin du Moyen Âge pour que le mot race, du latin ratio soit utilisé. Il désigne une famille, une lignée ou une espèce. Le Dictionnaire français-latin de Robert Estienne (1539) fournit comme équivalent domus, familia, genus, sanguis.

La découverte du Nouveau Monde, l’esclavage, la colonisation feront progresser les conceptions inégalitaires dans la culture européenne, dont le pivot sera la notion de race qui sera utilisé jusque dans les années 1950. Il faudra en effet attendre 1949 pour qu’un groupe international de chercheurs récusent la notion et affirment l’unité fondamentale de l’humanité. Dans son édition de juillet-aout 1950 le Courrier de l’UNESCO publie une déclaration sur la notion de race connue sous le titre « les Savants du monde entier dénoncent un mythe absurde…le racisme ». Ainsi, après guerre, une période de réflexion sur la notion de race est entamée. Il s’agit soit d’abandonner cette notion, soit de la conserver dans un sens métaphorique, c’est-à-dire de groupement culturel, mais non plus de classe biologique.

L’ouvrage de Ruscio Alain, Le credo de l’homme blanc, nous donne des informations complémentaires sur cette notion.

« Le premier, semble-t-il, à utiliser la notion de « races humaines » dans son acception moderne, est le voyageur français François Bernier, Le 24 avril 1684, dans le Journal des Savans, il propose une répartition géographie des « différentes espèces ou races d’hommes » : Europe, Afrique, Amérique et Asie. »

A partir du XVIIIème siècle, Linné (médecin et botaniste) opérera lui aussi un classement en quatre grandes familles, rejoignant la division de Bernier. C’est dans la dixième édition (1758) de son œuvre, publiée en 1735, Systema Naturae, qu’il divisera l’humanité en quatre grands groupes qu’il appellera « types » selon des critères physiques, moraux et selon les us et coutumes des peuples observés. Dès lors se met en place une hiérarchisation de ces races, ou l’Homme leucoderme prendra la place d’honneur. Ce schéma sera généralement admis par la suite, avec quelques variations internes selon les anthropologues.

- Espèces, variétés, races ?

« Les spécialistes se sont longuement interrogés sur le terme à employer » affirme Broca en 1871. Espèces ? Cela « supposerait la question résolue dans le sens de la diversité des origines. Variété ? L’emploi de ce terme impliquerait, au contraire, que les groupes humains tout entiers ne forment qu’une seule espèce. Comme, à cette époque, aucune théorie de n’a encore emportée sur l’autre, le nom de races (pouvant) être adopté par tout le monde a finalement prévalu »

Acceptant cette classification deux écoles vont alors s’affronter : les monogénistes et les polygénistes ; les premiers affirment que l’humanité, une à l’origine, s’est progressivement scindée en rameaux, d’aspects et de caractères différents, mais de nature identique. Les autres estiment que divers foyers ont donné naissance à des espèces par natures différentes. En général, les différentes espèces d’Hommes des polygénistes correspondaient grosso modo aux races des monogénistes. Mais ces deux partis croyaient tous à l’inégalité des races qui ne pouvait être remise en cause à l’époque dans le corps scientifique.

Les métis au cœur de débat

Un des débats qui va naître, en même temps que la raciologie est la question du métissage.

Pour les monogénistes le fondement de l’espèce ne résidait pas dans la ressemblance des formes mais, en tout premier lieu, dans le critère physiologique de la fécondité continue des métis.

Buffon, en 1749, le théorisera ainsi, bien qu’il reconnaisse également, après des expériences entre le chien et le loup, le bouc et la brebis et diverses espèces d’oiseaux que certains hybrides dérogeaient à l’ordre de la création et pouvaient procréer :

« On doit regarder comme la même espèce celle qui, au moyen de la copulation, se perpétue [...], et comme des espèces différentes celles qui, par les mêmes moyens, ne peuvent rien produire ensemble (…) Si le nègre et le blanc ne pouvoient produire ensemble, si même leur production demeuroit inféconde, si le mulâtre étoit un vrai mulet, il y auroit alors deux espèces bien distinctes ; le nègre seroit à l’homme ce que l’âne est au cheval [...]. Mais cette supposition même est démentie par le fait ; et, puisque tous les hommes peuvent communiquer et produire ensemble, tous les hommes viennent de la même souche et sont de la même famille ».

Buffon hiérarchisera les espèces. Dans Histoire naturelle il affirmera par exemple que les australiens sont « ceux de tous les humains qui approchent le plus des brutes », que l’indien n’est « qu’un animal de premier rang » et que le Noir « un animal à part comme le singe ».

Il prônera également les bienfaits du métissage. Dans son article des Variétés dans l’espèce humaine publié en 1749 il nous rappellera que le sang de Perse, naturellement grossier par son origine tartare produirait les hommes les plus laids du monde s’il n’était pas devenu fort beau par le mélange du sang géorgien et circassien.

Ainsi, les monogénistes verront dans la réunion des types un facteur d’harmonisation capable à la fois de relever les races déchues et de révéler la variété du potentiel de l’humanité. Ils pensaient alors, par le métissage, pouvoir blanchir les Noirs, les mulâtres devenant ainsi l’espoir de la race noir et se rapprocherait du blanc, race par excellence.

Deschamps (Hubert Jules Deschamps né le 22 juillet 1900 à Royan et décédé le 19 mai 1979 à Paris), administrateur colonial français, professeur d’université, et auteur de nombreux ouvrages sur l’Afrique, affirmait ainsi que par le métissage on « blanchirait les naturels d’une île, d’une contrée, d’une vaste colonie »

Dans son article sur la stabilité des races croisées , M. Bonté nous dira :

« Constamment, dans le croisement de deux races, la supérieure empreint ses caractères sur le produit qui en résulte d’une manière beaucoup plus profonde que la race inférieure. [...] Cette prédominance, aussi tranchée au moral qu’elle l’est au physique, explique comment, dans le croisement des races, le perfectionnement intellectuel de l’homme accompagne son perfectionnement physique ».

Dans le camp opposé, des Knox, Nott, Gobineau affirmaient au contraire que la mixité devenait incompatible avec l’exercice normal des fonctions vitales et pensaient, contrairement aux monogénistes, qu’une réunion de métis ne réussirait pas à se perpétuer indéfiniment et n’admettaient donc pas la réalité des races croisées. Knox avancera cette théorie dans son ouvrage publié en 1850, The races of Men.

Afin d’être plus éclairée et palier aux manques d’études à ce sujet, la Société d’Anthropologie de Paris décidera en 1907 de créer une commission permanente pour l’Etude des métis.

Avec l’assentiment du ministère des Colonies et la collaboration de fonctionnaires et d’instituteurs en Algérie, en Indochine, à Madagascar et aux Antilles, la Société d’Anthropologie lance en 1908 une vaste enquête sur les métis. (lien)

Le questionnaire diffué par le Bulletin du 15 octobre 1908 présente d’abord les buts de l’enquête.

« Le problème des métis est un de plus graves et en même temps des plus obscurs que l’anthropologie ait à résoudre, car on ne possède sur la fécondité des croisements en question et sur les aptitudes physiques, intellectuelles et morales de leurs produits, les métis, que des observations isolées, incomplètes et trop souvent partiales, ou des appréciations générales sans caractères positif. »

Puis la méthode à suivre :

« La méthode recommandée ici consistera donc :

- A s’abstenir absolument de toute appréciation général et théorique ;

- A ne pas répondre à l’enquête par des conclusions d’ensemble tirées d’un nombre quelconque d’observations ;

- Mais à citer exclusivement des observations prises dur des individus parfaitement connus de l’observateur, et aux quels on voudra bien appliquer le questionnaire ci-dessous. […]

N. B. : On est prié de joindre aux réponses les photographies du métis et de ses parents prises, autant que possible, de face et de profil, en n’oubliant pas les photographies sans aucun costume constituent, si le sujet peut s’y prêter, les documents les plus utiles (inscrire toujours au dos de la photographie le nom et l’âge du sujet, afin d’éviter toute confusion). »

Cette même enquête donne également la définition du mot métis :

« On doit entendre, d’une façon générale, par métis, les individus provenant de l’union de deux personnes appartenant à des races nettement différentes. Rejetant toute théorie a priori sur l’origine des types humains, nous entendons par race pure tout type ethnique actuellement bien constitué et suffisamment stable pour avoir mérité une appellation définie. Nous appelons donc métissage des unions entre Blanc et Nègre, Jaune et Blanc, Nègre et Indien d’Amérique, Européen et Hindou, sémite et Européen, Nègre et Chinois, etc. les parents du métis peuvent être tous les deux de race pure, ou être eux-mêmes, tous les deux, des métis, ou être, l’un, un métis, l’autre, de race pure. »

Et enfin, le questionnaire avec des questions telles que :

« Pouvez-vous donner des renseignements sur leur moralité, sur leur intelligence et sur leur santé ? (Songer particulièrement à la syphilis, l’alcoolisme, la tuberculose et le paludisme.) […]

Criminalité :

- Le métis, étant enfant, a-t-il encouru à l’école des punitions fréquentes et pour quel motif ?

- A-t-il subi, en dehors de l’école, des condamnations ?

- Depuis sa sortie de l’école, a-t-il subit quelques condamnations ?

Moralité sexuelle :

- Si le métis est célibataire, a-t-il de bonnes mœurs ou une vie déréglée ?

- Y a-t-il eu concubinage ou est-il marié légitimement ? […] »

Les résultats de l’enquête, publiés en 1910 et 1912, sont très contrastés. Charles Richet, prix Nobel de médecine en 1913 nous livre son point de vue dans La Sélection humaine, publié en 1919 ;

« Avant tout, il faudra éviter tout mélange des races humaines supérieures avec les races humaines inférieures, […] Je ne crois pas du tout à l’égalité des races humaines. D’abord, ce mot d’égalité est un non-sens. Un Noir est différent d’un Jaune, un Jaune est différent d’un Blanc. Dire qu’ils sont égaux, c’est aussi absurde que de prétendre que la pomme est égale à la poire et que le caniche est égal au bouledogue. […] Je ne comprends pas par quelle aberration on peut assimiler un Nègre à un Blanc. Lorsque je lis les ouvrages ou il est parlé de l’unité de la race humaine, je me demande si je rêve tout éveillé. […] Il s’agit d’ailleurs moins d’une différence entre les Blancs et les Noirs -cette différence ne peut être niée- que d’une supériorité des Blancs sur les Noirs »

Aux arguments biologiques, s’ajoutent ceux de la psychologie. Alfred Fouillée philosophe français dans Tempérament et caractère selon les individus, les sexes et les âges (édition de 1926) souligne que le métissage n’élève pas l’être inférieur, mais produit une régression, induisant une dysharmonie au sein de l’individu, dont la personnalité aura tendance à se dédoubler.

Psychologie des races et des foules

- Psychologie des peuples et des races

Un des premiers chercheurs à travailler sur la psychologie des peuples et des races est Alfred Fouillée avec la parution de son ouvrage Psychologie du peuple français en 1898. Il publiera également en 1926 Tempérament et caractère selon les individus, les sexes et les races dans lequel figure une de ses interrogations :

« Toutes les races sont-elles de même caractère et de même valeur au point de vue de la civilisation, La blanche, qui semble psychologiquement supérieure aux autres, est-elle désormais, comme l’a soutenu, menacée ou d’absorption ou de recul progressive par le flot montant des races noire et jaune ? Après le crépuscule des dieux, aurons-nous, dans un certain nombre de siècles, le crépuscule des Blancs ? Sur ce point ont été hasardés les pronostics les plus contraires »

Ses analyses porteront sur tous les types humains en vogue à l’époque, Africains, Arabes, Asiatiques, Européens, sauvages, évolués, ouvriers …

« Les caractères communs aux sauvages d’aujourd’hui peuvent nous faire comprendre l’homme d’autrefois. Inattention, faiblesse de volonté comme de pensée, rêverie, idées fixes, excès d’émotions banales et impossibilité d’émotions nouvelles, instabilité et contradictions, en un mot défaut de synthèse et d’unité mentale, si non sous l’impulsion d’un égoïsme naïf, voila ce que tous les observateurs retrouvent, à des degrés divers, et chez les enfants, et chez les sauvage, et chez les être arrêtés dans leur développement, et chez les hystériques, et chez certains criminels qui semble revenir à l’état sauvage ; voilà aussi, sans doute, ce qu’était le plus souvent le caractères des races primitives ».

L’étude de la psychologie des races se construit en parallèle des découvertes en anthropologie, le blanc étant encore une fois en haut de l’échelle.

André Siegfried, havrais né en 1875, sociologue, historien, géographie et président d’honneur de l‘Institut Havrais de Sociologie économique et de psychologie des peuples (Institut fondé en 1937) résumera les recherches en anthropologie et en psychologie ainsi :

« Bien que tous les Blancs n’y soient pas associés, car ceux d’Asie sont restés réfractaires, la civilisation occidentale, si elle est le résultat d’un milieu, est aussi l’œuvre d’une race. Ce sont les Blancs, et eux seuls, qui ont fait l’Occident. La distance qui les sépare des Noirs, des Rouges est immense, et si les Jaunes sont capables d’une efficacité comparables, ils souffrent techniquement d’un retard de trois siècles ; dans ces conditions, notre civilisation comporte un domaine géographique, avec des limites, qu’on se sent curieux de préciser. »

Après les décolonisations, le terme de psychologie des races disparaîtra au profit de l’appellation psychologie ethnique, puis d’ethnopsychologie.

- La psychologie des foules

L’étude de la psychologie des foules va de pair avec l’étude de la psychologie des peuples et des races.

Au XIXème siècle, la foule, la masse ouvrière fait peur à la société bourgeoise ; elle est créatrice de tous les vices, des plus grandes débauches… de nombreux ouvrages, romans (tels que Les mystères de Paris) et les révoltes ouvrières vont alimenter cette peur sociale.

De nombreux ouvrages vont ainsi traiter de ce sujet. Un de ses ouvrages, bien connu de nos jours, est la Psychologie des foules, écrit en 1895 par Gustave Le Bon, anthropologue, psychologue social et sociologue. Il abordera dans ses ouvrages le désordre comportemental et la psychologie des foules. Il dit de la foule ceci :

« Parmi les populations les plus civilisées [la foule] est toujours une bête impulsive et maniaque, jouet de ses instincts et de ses habitudes machinales, parfois un animal d’ordre inférieur, un invertébré, un ver monstrueux ou la sensibilité est diffuse et qui s’agite encore en mouvement désordonnées après la section de la tête »

Cette psychologie portée sur la classe ouvrière française et la masse qu’elle représente s’applique bien entendu aux colonies. L’indigène n’est pas mieux loti que l’ouvrier. Il est important de noter à ce sujet que, en dehors bien entendu des photographies et gravures destinés aux scientifiques, les indigènes étaient représentés en masse, au sein d’une foule. Il n’avait pas ainsi le statut d’individu, il était une représentation sans nom, sans visage précis, une masse, qui comme la masse ouvrière, effrayait.

Vulgarisation des théories savantes

La notion de race est ainsi devenue une notion clé, forgée par la science du XIXème siècle et qui deviendra un élément fondamental dans la culture européenne. Si elle concerne tout d’abord des disciplines spécialisées, comme l’anthropologie, elle s’étendra dans d’autres domaines. Elle se diffusera dans des ouvrages scientifiques, des récits de voyages, des romans qui s’adresseront à toutes les classes de la population française.

Dictionnaires et encyclopédies fixeront également cette notion, comme nous le montre l’article Nègre du Grand Dictionnaire universel du XIXème siècle de Larousse :

« les caractères essentiels de l’espèce nègre sont, en dehors de la coloration de la peau : un front étroit et comprimé aux tempes, le vertex aplati, les lèvres grosses, les maxillaires très saillants, le nez court et aplati, l’angle facial de 60° à 75 °, les apophyses montantes de la mâchoire supérieure convergentes, les os du nez n’atteignant pas le frontal, les organes génitaux volumineux, les mamelles allongées et piriformes, les poils rares, les cheveux laineux et les muqueuses violacées. […]

Sous le climat brûlant de l’Ethiopie, inondé sans cesse par des flots d’une ardente lumière, qui noircit et dessèche, on voit les cheveux se rouler et se crisper sur la tête du Nègre comme sous le fer chaux ; la peau, qui exsude une huile noire abondante, est violacée et comme tannée. […]

Lorsque les Nègres sont échauffés, il se dégage de leur peau une exsudation huileuse et noirâtre qui tache le linge et répand une odeur désagréable. Les Foulahs puent tellement que les lieux où ils ont passé restent imprégnés de leur odeur pendant plus d’un quart d’heure.

La coloration de la peau n’est pas la différence la plus caractéristique qui existe entre l’espèce noire et l’espèce blanche. La structure anatomique nous présente un intérêt d’une toute autre importance, puisqu’elle rapproche le Nègre de l’orang-outan presque autant que du type de l‘espèce blanche ou caucasique. il n’est pas étonnant, pour cette raison, que quelques philosophes anatomistes aient avancé que les singes étaient la racine originelle du genre humain. […]

Le Hottentot ne parle qu’avec difficulté, surtout à cause de l’obliquité de ses dents en avant ; il glousse presque comme les coqs d’Inde, ce qui offre encore un rapport manifeste avec l’orang, qui jette des gloussements sourds, à cause des sacs membraneux de son larynx, où sa voix s’engouffre. […]

Ce que l’on peut affirmer d’une manière certaine, c’est que le Nègre diffère essentiellement de l’espèce blanche non seulement par la coloration de la peau et par les différences anatomiques que nous avons déjà signalées, mais encore par ses penchants autant physiques qu’intellectuels. Dans l’espèce nègre, le cerveau est moins développé que dans l’espèce blanche, les circonvolutions sont moins profondes et les nerfs qui émanent de ce centre pour se répandre dans les organes des sens beaucoup plus volumineux. De là un degré de perfection bien plus prononcé dans les organes ; de sorte que ceux-ci paraissent avoir en plus ce que l’intelligence possède en moins. En effet, les Nègres ont l’ouïe, la vue, l’odorat, le goût et le toucher bien plus développés que les Blancs. Pour les travaux intellectuels, ils ne présentent généralement que peu d’aptitude, mais ils excellent dans la danse, l’escrime, la natation, l’équitation et tous les exercices corporels. Dans les danses, on les voit agiter à la fois toutes les parties du corps ; ils y trépignent d’allégresse et s’y montrent infatigables. Ils distinguent un homme, un vaisseau à des distances ou les Européens peuvent à peine les apercevoir avec une lunette d’approche. Ils flairent de très loin un serpent et suivent souvent à la piste les animaux qu’ils chassent. Le bruit le plus faible n’échappe point à leurs oreilles ; aussi les Nègres marrons, ou fugitifs savent très bien découvrir de loin et entendre les blancs qui les poursuivent. Leur tact est d’une subtilité étonnante ; mais parce qu’ils sentent beaucoup, ils réfléchissent peu : tout entiers à leur sensualité, ils s’y abandonnent avec une espèce de fureur. La crainte des plus cruels châtiments, de la mort même de leur maître, le son du tam-tam, le bruit de quelque mauvaise musique les fait tressaillir de volupté ; une chanson monotone, prise au hasard, les amuse pendant des journées sans qu’ils se lassent de la répéter ; elle les empêche même de s’apercevoir de la fatigue ; le rythme du chant les soulage dans leurs travaux, et un moment de plaisir les dédommage d’une année de souffrances. Tout en proie aux sensations actuelles, le passé et l’avenir ne sont rien à leurs yeux ; aussi leurs chagrins sont-ils passagers ; ils s’accoutument à leur misère, quelque affreuse qu’elle soit. Comme ils suivent plutôt leur sensations ou leurs passions que la raison, ils sont extrêmes en toutes choses : agneaux quand on les opprime, tigres quand ils sont les maîtres. Capables de sacrifier leur vie pour ceux qu’ils aiment, ils peuvent, dans leurs vengeances, massacrer leurs maîtres, éventrer leurs femmes et écraser leurs enfants sous les pierres. Rien de plus terrible que leur désespoir, rien de plus sublime que leur amitié. Mais ces excès sont d’autant plus passagers qu’ils sont portés plus loin. Rien de mobile comme leurs sensations, car leur violence s’oppose à leur durée.

Les Africains sont extrêmement jaloux de leurs femmes, et malheur à celui qui a corrompu la maîtresse ou la femme de l’un d’eux. La femme qui les a trompés n’échappe pas elle-même à leur vengeance. La polygamie est en usage chez les Noirs d’Afrique ; chaque individu peut prendre autant de femmes qu’il lui plait et les répudier à volonté pour vivre avec des concubines. Les mamelles des Négresses sont grosses et fort longues, si bien qu’elles peuvent les replier par-dessus les épaules et allaiter ainsi les enfants qu’elles portent sur leur dos. […]

C’est en vain que quelques philanthropes ont essayé de prouver que l’espèce nègre est aussi intelligente que l’espèce blanche. Quelques rares exemples ne suffisent point pour prouver l’existence chez eux de grandes facultés intellectuelles. Un fait incontestable et qui domine tous le autres, c’est qu’ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins volumineux que celui de l’espèce blanche, et comme, dans toute la série animale, l’intelligence est en raison directe des dimensions du cerveau, du nombre et de la profondeur des circonvolutions, ce fait suffit pour prouver la supériorité de l’espèce blanche sur l’espèce noire.

Mais cette supériorité intellectuelle, qui selon nous ne peut être révoquée en doute, donne-t-elle aux blancs le droit de réduire en esclavage la race inférieure ? Non, mille fois non. Si les Nègres se rapprochent de certaines espèces animales par leurs formes anatomiques, par leurs instincts grossiers, ils en diffèrent et se rapproche des hommes blancs sous d’autres rapports, dont nous devons tenir grand compte. Ils sont doués de la parole, et par la parole nous pouvons nouer avec eux des relations intellectuelles et morale, nous pouvons essayer de les élever jusqu’à nous, certains d’y réussir dans une certaine limite. Du reste, un fait physiologique que nous ne devons jamais oublier, c’est que leur race est susceptible de se mêler à la nôtre, signe sensible et frappant de notre commune nature. Leur infériorité intellectuelle, loin de nous conférer le droit d’abuser de leur faiblesse, nous impose le devoir de les aider et les protéger. »

Aujourd’hui, nous jugeons toutes ces théories racistes. Nous usons et abusons de ce mot, sans forcément en comprendre les origines, ni ses applications. A noter tout de même, lorsque le mot entra dans le dictionnaire en 1932 il désignait exclusivement le discours des nationaux socialistes allemands.

Lien : http://vadmcum.wordpress.com/2010/0...



Commentaires

Logo de Julien4
mercredi 18 décembre 2013 à 22h21 - par  Julien4

Je surfe beaucoup sur la toile et j’ai lu différents billets qui en parlaient, celui-ci est le plus exhaustif. Julien du site www.rouletteenlignebonus.com

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