TEL AVIV GAY PRIDE : LA CONFUSION DES GENRES

mardi 11 juin 2013
popularité : 2%

JPEG - 349 ko TEL AVIV GAY PRIDE : LA CONFUSION DES GENRES
Michèle Sibony Porte-parole de l’UJFP

Vendredi 7 juin
Ce matin le carrefour Ben Yeouda - Gordon où je suis hébergée en ce moment, se préparait à la Gay Pride. Il s’avère que c’est Le parcours cette année.
Les vendeurs des kiosques à journaux, tabac et multiples confiseries et boissons (on appelle çà ici les Pitsoutsiot : petites bombes ou bombinettes.. ) préparaient leurs stands sur les trottoirs, drapeaux gays partout, aux balcons des sonos énormes et des guirlandes aux couleurs arc en ciel. Ces mêmes vendeurs, et les marchands de fleurs, de légumes, chez qui je fais mes emplettes du chabbat, n’ont pas grand chose à voir avec Tel Aviv, ils viennent souvent des banlieues pauvres, sont plutôt orientaux ou d’ex union soviétique, toute la rue est agitée par l’événement qui commencera vers 13h. J’entends pendant mes achats des remarques équivoques : çà va être un sacré bordel.. des regards entendus... pour les plus frustes d’entre eux, ils cherchent un assentiment muet sur leur sentiment profond, ils ne me semblent pas être particulièrement gays friendly... mais pas un mot sur le fond. Comme s’il y avait un accord tacite.. on est dans la bulle oui ou non ! Cela a des avantages certains aussi. les cafetiers, les marchands de chaussures et de vêtements , les designers, les coiffeurs sont à leur affaire. Un peu comme ceux du marais parisien.

La plage Gordon est aménagée spécialement pour l’événement grandes tentes bariolées, scène pour le concert qui ne manquera pas de suivre, service d’ordre impressionnant, voitures et motos de polices, hélicoptères, et déjà les gays affluent. Enorme carnaval. 100 000 personnes dira la presse à la fin de la journée, étaient rassemblées sur la plage pour la grande fête ; J’ai regarder les participants affluer : Comment ne pas être ému devant ces très jeunes gens parfois, couples de filles ou de garçons, qui arborent fiers et excités leurs couleurs et leurs signes. Comment ne pas se souvenir de ce que signifie « gay pride » après des siècles de persécution d’ostracisme et de placard pour ne pas dire de tombeaux pour des hommes et des femmes qui ont du souvent se défendre dans une solitude absolue, et s’organiser en communauté pour se protéger survivre et essayer de vivre enfin leur vie... Je pense à mes ami-es à ma famille, et oui je suis émue, j’ai connu, je connais des parcours douloureux, et je partage pleinement la Gay Pride.

Des Gays venus de partout dans le monde (occidental) arborent des drapeaux de leurs pays. Grande Bretagne, Canada, Allemagne, ... J’ai envie de leur parler, leur demander.. Une copine d’origine tunisienne a même rencontré des Gays du Maroc arborant leur drapeau national... Ils ont sympathisé... Les militants sont entraînés à déchiffrer les subtexts comme on dit ici.
Tout le monde est là pour la grande fête démocratique de la grande ville de la tolérance gay internationale, un modèle de démocratie pour le monde entier, qu’il faudrait saluer dans ce Moyen Orient rétrograde... c’est cela que l’on appelle le Pink Washing. La grande lessiveuse est en marche qui lave plus rose que le rose. Le message est clair : au pays de la liberté nous sommes tous frères et sœurs. ll ne manque que les nouvelles femmes libérées de chez nous les Femen. Pour nous expliquer comment ne pas penser... et bien sûr les éternels présents absents : les Palestiniens et palestiniennes qui ne sont pas de la fête. Ou alors très discrètement, invisibles en tous cas. Comment défiler dans une parade pleine de drapeaux nationaux sans pouvoir afficher le sien ?

Il y a cependant un autre rassemblement gay dans Tel Aviv au jardin Meïr à 14h pendant la grande parade consensuelle, et dont la presse n’a pas parlé bien sûr. Ce sont les LGBT-Q d’un autre genre, ceux qui ne renoncent pas à faire les liens. Ils ont même prévu et réalisé une action surprise pendant la Parade : avec des masques blancs ils se sont couchés par terre, pour évoquer ce qu’il est convenu d’oublier dans la bulle aujourd’hui internationale : Ici le sang coule, tous les jours, toutes les semaines, toute l’année, des gens sont persécutés en raison de leur appartenance, pourchassés, privés de leurs terres, de libertés fondamentales comme la liberté de circulation, leurs enfants sont tués, ils sont emprisonnés des mois, voire des années sans procès, torturés...
Eh oui, il y a ceux qui veulent l’oublier et le faire oublier sur le compte d’une autre oppression celle des homosexuel-les transgenre queer.. Comme si cette oppression là n’existait pas en Israël, et violente, dès que l’on sort de deux ou trois centres ville qui sont aussi des bulles... Et puis il y a ceux qui convergent, qui à partir de leur propre oppression passée ou présente, tissent des liens avec d’autres, avec les Rroms, les musulmans persécutés en France, avec les Palestiniens ici. Persécution racisme sexisme, ni pour moi ni pour autrui : n’est ce pas ce qui fait l’universalité des luttes ?

Aujourd’ hui dimanche 10 juin à Haïfa,
j’apprends que se prépare la Gay Pride locale pour le 21 juin et elle sera comme chaque année très politique : cortège judéo arabe, des textes qui circulent contre l’occupation et les discriminations seront lus et distribués.
Le jeune journaliste palestinien, très investi dans le soutien et le travail des groupes palestiniens gays lesbiens de Haïfa, que j’interroge sur les homosexuels palestiniens me dit qu’ils n’étaient pas à la Gay Pride de Tel Aviv dans leur très grande majorité ; d’abord pour les raisons évidentes évoquées ci-dessus, mais aussi m’indique-t-il presque gêné, parce que les catégories posées par l’occident sur l’homosexualité dérangent pas mal d’entre eux, qui souhaitent souvent évoluer à leur rythme dans et avec leur propre société sans définition pré-établie ailleurs de ce que doit être leur liberté ou leur identité. Je ne peux m’empêcher de penser aux féministes noires américaines des années 70 qui expliquait aux féministes blanches , qu’ elles avaient un agenda plus complexe que le leur à affronter. Qu’elles ne pouvaient se payer le luxe de faire abstraction de leur condition raciale et sociale, dans un féminisme prétendument universel et qui ne prenait pas en compte ces composantes essentielles de leur vie. Cela aussi c’est de l’universel, non ?



Commentaires