Lettre Ouverte à Juliette Gréco

Tribune de Sortir du Colonialisme pour la Campagne BDS
lundi 27 avril 2015
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Chère Juliette Gréco,

C’est avec beaucoup d’émotion que je me permets d’écrire à la femme libre, la belle et immense artiste que vous êtes, que j’aime et que j’admire. C’est aussi avec étonnement et amertume que j’apprends votre décision de maintenir votre concert prévu le 4 mai en Israël dans le cadre de votre tournée d’adieux.

Une grande tristesse de vous voir conclure une si magnifique carrière par ce qui, plus qu’une erreur, est une faute, morale et politique.

2.200 personnes ont été tuées à Gaza

Cet été, de très nombreuses manifestations ont réuni des millions de personnes à travers le monde pour se tenir aux côtés de la population de Gaza martyrisée, pour dénoncer l’entêtement du gouvernement israélien à poursuivre une politique criminelle, avec le soutien d’une autoproclamée "communauté internationale".

Selon les Nations Unies, Israël a assassiné l’été 2014 plus de 2.200 personnes à Gaza, plus de 500 enfants selon l’Unicef.

Je ne veux pas croire que la femme indépendante que vous êtes puisse à ce point tomber dans le piège de la propagande israélienne en acceptant de vous produire en Israël, cautionnant ainsi malgré vous ce que les dirigeants de ce pays attendent de vous, leur offrant une occasion revée de légitimer leur agissements meurtriers.

Ainsi, ni la nature profondément raciste de cet État, ni l’ethnocide pratiqué, ni la violence de l’occupation ne vous semblent des raisons suffisantes pour ne pas l’honorer par votre présence.

Une situation d’apartheid

Votre intention annoncée de promouvoir le dialogue est certes généreuse, mais quand toute tentative de dialogue se transforme en demande de reddition, peut on encore y croire ? Comment imaginer un échange équilibré quand il y a agresseur et agressé.

Auriez-vous accordé un temps de parole égal à une victime de la barbarie d’où qu’elle vienne et à son tortionnaire ? Juliette Gréco, ce que vous qualifiez de dialogue semble malheureusement s’apparenter au mieux à de la naïveté, sinon de la compromission.

Dire que le boycott ne sert pas à grand chose est une insulte aux militant-e-s anti apartheid qui ont appliqué cette forme de résistance active et pacifique pour abattre le régime totalitaire de ségrégation en Afrique du Sud, tout en supportant la violence brutale de la répression.

C’est le peuple palestinien opprimé lui même, un peuple en lutte pour sa liberté qui, dans un appel au boycott culturel d’Israël lancé en 2004, demande aux artistes du monde entier dont vous faites partie de refuser de normaliser par des concerts en Israël une situation d’apartheid.

Une insulte à ceux qui militent pour une société plus juste

C’est également une insulte aux trop peu nombreux citoyens et citoyennes israélien-ne-s, qui militent pour une société plus juste, au mépris de leur propre liberté, comme ces jeunes déserteurs qui forcent le respect en refusant de porter les armes en territoire occupé.

Des citoyens israéliens pour le boycott, "Boycott From Within" (boycott de l’intérieur), viennent de publier sur leur site une lettre à votre attention où ils vous rappellent notamment que vous jouerez devant un public ségrégué, que plusieurs millions de Palestiniens, sous le contrôle militaire d’Israël ne pourront pas assister à votre concert.

Boycott que vous pratiquez pourtant vous même en refusant d’aller chanter dans les villes FN, ce dont nous ne pouvons que vous féliciter. Juliette Gréco, l’extrême droite est pourtant la même, quelque soit la langue qu’elle parle.

Seriez-vous moins critique que le quotidien israélien "Haaretz", qui ose s’indigner du fait que le projet politique du gouvernement de Netanhyaou et Lieberman a pour unique objectif de transformer Israël en un État ethniquement et religieusement pur ?

Votre place est aux côtés des peuples en lutte

Juliette Gréco, aller jouer en Israël aujourd’hui comme si de rien n’était, c’est permettre, à votre corps défendant, que ça continue, et ça, je ne peux pas l’imaginer.

Votre place est aux côtés de celles et ceux qui affirment courageusement leur solidarité avec les peuples en lutte. Où serait le courage à se rendre dans une puissance coloniale – la plus longue occupation militaire de ce XXIe siècle – forte, surarmée, sans aucun scrupule à utiliser les artistes pour légitimer une politique de séparation, à faire comme si l’art était totalement déconnecté des sinistres réalités.

Juliette Gréco, ne leur faites pas ce cadeau.




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