La politique envers les Roms, nouvelle "manœuvre populiste" de Sarkozy

lundi 23 août 2010
par  Kamel
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Nicolas Sarkozy renie-t-il la devise française et la Constitution avec sa nouvelle politique envers les Roms ? Pour la presse étrangère, la réponse est clairement oui. A l’instar du quotidien québécois Le Devoir, qui livre un verdict sans détour : "Cette escalade contre les immigrants, les Roms et autres ’déviants’ est une contradiction de la trilogie républicaine – liberté, égalité, fraternité –, ainsi que de l’article 1 de la Constitution, qui ’assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion’."

Même analyse pour le New York Times, pour qui, si la France est "fière" du principe selon lequel "tous les citoyens français – de naissance ou naturalisés – sont égaux devant la loi", cela "doit s’appliquer à tout le monde", comme cela a été fait pour "le père hongrois et la femme italienne de Nicolas Sarkozy".

Le quotidien américain n’hésite pas à employer des termes choc pour dénoncer la politique de Nicolas Sarkozy, titrant son éditorial "Xénophobie : chasser le non-Français". Le Times évoque, lui, le "souvenir de la Gestapo" (article en accès payant).

FAIRE OUBLIER L’AFFAIRE BETTENCOURT

A travers le monde, les quotidiens et autres hebdomadaires tentent d’expliquer le tour de vis sécuritaire décrété par le gouvernement Sarkozy. Le Devoir regrette que "depuis le début de l’offensive [de Sarkozy] contre ces autres qui ne sont pas comme nous, les suites de l’affaire [Bettencourt-Woerth] passent trop inaperçues", prenant pour exemple l’article de Mediapart sur la déclaration des revenus d’Eric Woerth dans le cadre d’une demande de prêt bancaire pour financer sa campagne électorale.

Le Wall Street Journal estime que cette "manœuvre populiste" a pour but de "faire oublier de récents échecs politiques", citant les élections régionales, l’affaire Bettencourt ou encore la mauvaise santé économique du pays. Le New York Times, qui partage ce point de vue, évoque également la peur d’un "renouveau du Front national" sous l’impulsion de Marine Le Pen. Le quotidien américain estime cependant que le président français est allé trop loin, "inquiétant les hommes de la droite traditionnelle qui croient toujours aux droits de l’homme et à l’égalité de tous les citoyens français". Selon l’éditorial, le président français est "imprudent de ne pas les écouter".

Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, cité par Courrier international, est encore plus sévère dans son jugement. "Le gouvernement devrait soit travailler à l’intégration des Roms, soit aider à ce que la situation s’améliore assez en Roumanie pour qu’ils restent là-bas. Mais, d’une façon ou d’une autre, cela demande patience, argent et résolution. C’est-à-dire tout ce qui fait défaut à Nicolas Sarkozy. Il multiplie donc les gesticulations, croyant faire montre de force alors qu’il révèle ainsi sa faiblesse."

En Italie, La Stampa parle "d’une France qui découvre son côté sombre", évoquant l’histoire de ce propriétaire d’un supermarché de La Rochelle qui refuse l’accès de son magasin aux Roms, rapportée par Sud Ouest. "Simple bêtise humaine ? Ou conséquence inévitable quand vous accolez l’étiquette ’tendance à la délinquance’ sur une population ?" Le quotidien évoque également une conséquence inattendue : l’afflux de Roms basés en France vers l’Italie. "La municipalité de Turin a déjà demandé de l’aide à la région : elle craint une invasion, sans aucun moyen de gérer une situation déjà explosive avec près de trois mille personnes nomades."

La presse bulgare est extrêmement hostile à la politique du gouvernement français. Le quotidien d’opposition Sepa, cité par l’AFP, évoque "la déportation officielle la plus massive d’Europe depuis la seconde guerre mondiale", se demandant s’il faut "rétablir le communisme pour les Roms" dans le pays. En effet, durant la période soviétique, chaque citoyen devait avoir une autorisation de sortie officielle pour pouvoir quitter le territoire.

Un hebdomadaire bulgare, également cité par Courrier international, préfère fustiger "l’hypocrisie" de son pays. "La nouvelle de l’expulsion de Roms de France a été accueillie avec une étonnante bienveillance de la part des autorités de Sofia. Et leur hypocrisie n’était rien en comparaison de celle des organisations de défense des droits de l’homme. Ces mêmes ONG qui font des déclarations fracassantes à l’occasion d’une gifle policière ou d’un mot de travers sont restées muettes."



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