Des milliers de Français défilent contre "la répression" (Reuters)

dimanche 5 septembre 2010
par  Kamel
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Des dizaines de milliers de personnes - cent mille selon les organisateurs - sont descendues dans la rue samedi en France pour dénoncer la politique sécuritaire du gouvernement, accusé de répression et de xénophobie.

"Stoppons la répression", "Non à la politique inhumaine de Sarkozy" ont scandé les manifestants mobilisés à l’appel d’une centaine d’organisations soutenues par le Parti socialiste, les Verts, les partis d’extrême gauche et les syndicats.

Selon la LDH, quelque cent quarante manifestations rassemblant cent mille personnes ont eu lieu dans plus d’une centaine de villes dont Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Montpellier, Metz, Bordeaux et Strasbourg, ainsi que devant les ambassades de France dans plusieurs capitales européennes.

Le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, n’a compté, lui, "sur l’ensemble du territoire, que quelques dizaines de milliers" de manifestants. Dans un communiqué, il se dit déterminé à poursuivre son action.

A Paris, entre douze mille et cinquante mille personnes - selon la police et les organisateurs - ont défilé sous le soleil entre le quartier de la République et l’Hôtel de ville.

Sur la statue de la République au milieu de la place du même nom, un grand drapeau français de plusieurs mètres de large a été tendu, avec une tache en son centre où était inscrit le mot "sarkozysme".

"PAS DE FRANCE AU KÄRCHER"

Des manifestants brandissaient le drapeau tricolore et des pancartes sur lesquelles ont pouvait lire "Non à la xénophobie du gouvernement français", "Pas de Roms en charter, pas de France au Kärcher" ou encore "Privés de liberté sans décision de justice, merci Brice".

La secrétaire nationale du Parti communiste Marie-George Buffet, les dirigeants Verts Noël Mamère et Cécile Duflot, le porte-parole du NPA Olivier Besancenot, l’ancienne première dame Danielle Mitterrand et le leader du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon étaient présents, de même que des leaders syndicaux.

Tous devraient se retrouver mardi pour une manifestation nationale contre la réforme des retraites du gouvernement.

"La défense des libertés, des principes démocratiques et la défense des droits sociaux vont de pair", a dit à la presse Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT. "Et en général, quand les libertés reculent, le droit social recule aussi".

A Bordeaux, trois mille personnes selon les organisateurs, mille deux cent selon la police, ont manifesté entre le parvis des Droits de l’Homme et la place de la Victoire, dans le centre-ville.

A Lyon, les estimations varient entre quatre mille cinq cent et sept mille.

Dans un court discours très applaudi, le président de l’association régionale des Tziganes et de leurs amis Gadjé a déclaré : "Nous, les gens du voyage, ce qu’on veut, c’est la liberté, comme vous tous".

A Marseille, les organisateurs ont recensé dix mille personnes, la police deux mille cinq cent, entre le Vieux-Port et la préfecture. "Vichy c’est fini, Sarkozy ça suffit", ont repris en choeur les manifestants. Dans la foule, un homme porte un t-shirt orné d’une photo du président et de la mention "expulsable en 2012".

"ROM ET FRANÇAISE"

"Mère de huit enfants, grand-mère de quatorze : tous français", a déclaré une manifestante, Esmeralda, "Rom et Française" à la fois. "Nous sommes français depuis le quinzième siècle, c’est bien plus que les Niçois et les Savoyards".

Organisée au terme d’un été marqué par une cristallisation du débat politique autour des questions sécuritaires, la journée de samedi a pour but, selon ses organisateurs, de défendre la devise "Liberté, Egalité, Fraternité" à l’occasion du cent quarantième anniversaire de la République française.

Elle survient un mois après le discours sur la sécurité prononcé par Nicolas Sarkozy à Grenoble, où le chef de l’Etat a annoncé que toute personne d’origine étrangère qui porterait atteinte à la vie d’un représentant de l’autorité publique serait déchue de sa nationalité.

Le gouvernement a également accéléré la politique de démantèlement des campements illégaux de Roms et insisté sur les reconduites à la frontière des membres de cette minorité, représentée samedi dans les défilés.

"Il y a un racisme qui revient en 2010 et c’est quand même assez grave", a dit à l’agence Reuters Délia Romanès, qui dirige avec son mari Alexandre le cirque tzigane qui porte leur nom.

Pour Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme, "que nous soyons nombreux à dire calmement que l’avenir de ce pays, ce n’est pas le repli vers les vieilles haines et les vieux préjugés racistes, paraît important et ce sera une indication pour les mois qui viennent".

Dans la matinée, des artistes comme Régine, Jane Birkin et Agnès Jaoui ont manifesté devant le ministère de l’Immigration, où ils ont symboliquement interprété la chanson de Serge Gainsbourg "Les p’tits papiers".



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