REPONSES DE MARIE-GEORGE BUFFET AU QUESTIONNAIRE « FRACTURE COLONIALE ET POLITIQUE »

samedi 21 avril 2007
par  Dou
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REPONSES DE MARIE-GEORGE BUFFET AU QUESTIONNAIRE « FRACTURE COLONIALE ET POLITIQUE »

I/ RESPONSABILITES HISTORIQUES DE LA FRANCE 1) Que pensez-vous du rôle historique du système colonial français et son prolongement actuel dans ses anciennes colonies ?

L’histoire coloniale et du système colonial français, cette histoire là en particulier, dans tous ces aspects, reste pour l’essentiel à faire. Il faut aussi qu’elle soit assumée par tous, ce qui est loin d’être évident. Il ne peut être question de relativiser cette histoire comme a tenté de le faire la droite avec la loi du 23 février 2005. La colonisation fut un système d’exploitation et de domination. Elle s’est accompagnée de violence et de crimes de masse , de crime contre l’humanité. Elle a provoqué une destructuration sociale, politique et culturelle avec de graves conséquences : extraversion de l’économie et pillages des ressources, absence d’infrastructures et de système industriel digne de ce nom. Après les indépendances, dans bon nombre de pays d’Afrique des systèmes néo-coloniaux se sont installés. Pillage, exploitation des ressources locales aux profits de grands groupes financiers et de multinationales se sont poursuivis. En fait les colonisateurs ont été contraints de répondre à l’exigence de libération des peuples mais ont fait en sorte de préserver leurs intérêts. Des accords de coopérations ont été signés et tenus secrets jusqu’ aujourd’hui encore. Pour cela, et en ce qui la concerne, la France a choisi et soutenu des dirigeants africains restés sous sa domination et pour beaucoup corrompus. Elle a imposé une forte présence militaire avec des conséquences souvent très lourdes comme en Côte d’Ivoire, au Rwanda, en Centrafrique, au Tchad, aux Comores…Le système de la « Françafrique », souvent dénoncé, est une réalité depuis des décennies. Même s’il est désormais en très sérieuse difficulté il a constitué, conjointement aux politiques d’ajustement structurel qui l’ont accompagné, un carcan qui a contribué au blocage du développement de l’Afrique. Il faut en finir avec ce système, et il faut dire comment, par exemple en aidant les pays concernés à l’acquisition des moyens économiques, technologiques, éducatifs et culturels nécessaires à une véritable souveraineté.

2) Comment la France doit-elle reconnaître ses responsabilités concernant les crimes commis pendant la période coloniale ?

Les pouvoirs publics ont un devoir de mémoire à accomplir et un devoir de reconnaissance de tous les crimes commis dans le cadre du système colonial. C’est aux plus hautes autorités de l’Etat de le faire publiquement.

3) Mettrez-vous en place une commission d’enquête indépendante sur les crimes post-coloniaux cautionnés par les gouvernements Français (Sankara, UPC au Cameroun, Ben Barka, Sylvanus Olympio, Lumumba, Ali Soilih, Ahmed Abdallah, Tchad, Rwanda …)

La lumière doit être faite sur tous les crimes post coloniaux et donc pour que les moyens existent afin de répondre à cette exigence. Mais je veux tout particulièrement insister sur la question du Rwanda parce qu’il s’agît d’un génocide. Je pense que le génocide rwandais est un événement majeur dont la portée éthique et politique pour l’histoire de l’Afrique ne peut être sous-estimée ou négligée. Une mission d’information parlementaire a été mise en place mais elle n’avait aucun moyen d’investigation, il faut donc mettre en place une commission qui lui succéderait mais avec les pouvoirs d’investigations pour faire toute la lumière. Par ailleurs Il faut une véritable enquête internationale, diligentée de façon indépendante, sous l’égide de l’ONU. La vérité doit être établie sur ce génocide, sur toutes les responsabilités, en particulier celles de la France et de la Communauté internationale, sur le processus de préparation de ce génocide, sur l’attentat contre l’avion qui transportait le Président Habyarimana. La France doit assumer cette vérité et sa responsabilité dans ce qui restera certainement comme la page la plus tragique de cette « Françafrique » et de ses pratiques de plus en plus rejetées par les peuples

II/ CRIMES DU 17 OCTOBRE 1961 ET 8 FEVRIER 1962.

1) Suite à la mort de Maurice Papon, êtes-vous pour l’établissement des responsabilités individuelles et institutionnelles sur les massacres du 17 Octobre 1961 et 8 février 1962 ?

Cela fait plusieurs années qu’avec les parlementaires communistes, nous demandons la reconnaissance de ces deux tragédies, par exemple dans une proposition de loi déposée dès le 26 juin 2001 pour que l’Etat reconnaisse sa responsabilité dans la répression de la manifestation du 17 octobre 1961. Par ailleurs, le PCF, membre du Comité Charonne a contribué activement à l’initiative qui a permis la pose d’une plaque au métro Charonne, le 8 février dernier.

2) Que pensez-vous faire pour que cet épisode sombre de notre histoire soit reconnu et enseigné ?

C’est l’Histoire de la colonisation dans son ensemble qui doit être écrite et enseignée, avec ses drames, ses crimes… . Bien entendu, c’est aux historiens de le faire, de manière pluraliste, afin qu’une large place soit donnée à la culture et à l’Histoire des pays concernés. C’est important aussi pour les personnes originaires de ces pays et pour les générations futures.

3) Si oui, que proposez vous de faire pour l’événement du 17 octobre 1961 ait aussi sa place dans l’espace public (nom donné à une station de métro, mémorial etc…) ?

Comme à Paris, où une plaque a été déposée au Pont-Saint-Michel par le Maire, et de même qu’au métro Charonne concernant le 8 février 1962, il va de soi que la reconnaissance de la tragédie du 17 octobre 1961 doit se manifester symboliquement par la dénomination d’espaces publics, autant que possible dans les lieux concernés et en accord avec les collectivités locales

III/ MAYOTTE, ILE COMORIENNE, KANAKY ET POLYNESIE

1) Êtes-vous pour le rattachement de l’île comorienne de Mayotte à l’Union des Comores conformément aux résolutions des Nations Unies ?

2) Le tristement célèbre « Visa Balladur » continue à provoquer des morts (4500 victimes comoriennes) depuis 1995, Êtes-vous pour sa suppression par respect au droit international ?

Le visa dit « Balladur » institué en 1994 crée une situation inacceptable sur le plan humain. Il est fait état de milliers de morts entre Anjouan et Mayotte. Je pense que les Comoriens doivent avoir une liberté de circulation garantie. Il s’agit d’un seul peuple avec une seule langue sur les quatre îles. Aujourd’hui un Comorien qui se rend à Mayotte est considéré comme clandestin alors que très souvent une partie de sa famille y réside. Le visa a créé un « mur maritime » autour de Mayotte. En 1974 les Comoriens ont dans l’ensemble voté à 94% pour l’indépendance, choix que la France n’a pas respecté. Je pense qu’il faut respecter ce choix, c’est une question de justice et de droit. Le visa Balladur doit être rapidement supprimé. De même il est urgent de construire une solution juste et « par le haut » qui soit bénéfique à tout le peuple comorien. Si en apparence Mayotte, actuellement collectivité départementale d’Outre Mer, peut présenter des attraits pour les habitants des trois autres îles au point que beaucoup risquent leur vie pour tenter d’aller s’y installer ,s’y faire soigner, etc.. il n’en demeure pas moins qu’une grande pauvreté y domine. Assumer le passé colonial français passe par la reconnaissance de l’unité des quatre îles. La France, y compris avec le soutien de l’UE et des institutions financières internationales pourrait s’engager dans des partenariats et des coopérations aidant au développement notamment des services sociaux existants à Mayotte en menant de pair une politique volontariste de développement pour les trois autres îles. Cela permettrait de construire les conditions sociales et économiques d’une unité comorienne et d’une souveraineté nationale avec un statut unique pour un seul peuple. Aller dans ce sens permettrait à la France de s’engager résolument dans le respect des résolutions de l’ONU , du droit international et le droit des peuples à l’indépendance.

3) Quel calendrier et quel moyen entendez-vous mettre en œuvre pour que la Kanaky et la Polynésie recouvrent leur indépendance ?

Je soutiens aujourd’hui comme hier le peuple Kanak dans sa volonté d’autodétermination. Les accord de Matignon et de Nouméa prévoient un calendrier et la désignation du corps électoral. Ils soient respectés. Concernant la Polynésie, je suis pour le respect de la volonté des peuples de s’autodéterminer. Le peuple polynésien au vu des élections conteste le système colonial et les multiples manœuvre téléguidées par Paris qui entravent le développement. Les indépendantistes sont très largement majoritaires et il faut les aider.

IV/ IMMIGRATION

1) Comment entendez-vous défendre le droit d’asile en particulier pour les réfugiés en provenance dans anciens pays colonisés ?

J’entends promouvoir une politique d’asile qui soit conforme à la Convention de Genève. Je souhaite en d’élargir le champ d’application aux persécutions en raison de l’origine, du genre, de l’orientation sexuelle, de l’appartenance à un groupe politique ou religieux…, et aussi aux atteintes graves aux droits économiques, sociaux et culturels, à la torture ou traitements inhumains et dégradants. J’abrogerai la loi du 10 décembre 2003 qui a introduit des notions restrictives (pays « sûr », de protection « subsidiaire »…) et durcit les procédures, et celle du 24 juillet 2006 relative à l’immigration et à l’intégration. Il faut cesser la confusion entretenue par certains États, dont la France, entre immigration et asile. Je m’engage à réformer la procédure de demande d’asile à la frontière pour accorder aux demandeurs une admission au séjour et un recours suspensif contre les décisions de refus, ainsi qu’un entretien systématique, l’assistance d’un conseil. Les frais de traduction et de transport et l’aide juridictionnelle étant pris en charge par l’Etat. Il est nécessaire de dégager l’OFPRA de la tutelle de fait du ministre de l’Intérieur, de lui donner les moyens financiers et humains de remplir sa mission. Il faut confirmer la présence et le rôle du HCR et des associations en son sein. Enfin je propose un accueil médical systématique et gratuit pour chaque demandeur, la prise en charge médico-psychologique des victimes de violences politiques, la création de places en CADA.

2) Êtes-vous pour la régularisation des sans papiers et la citoyenneté de résidence ?

Oui. Notre pays doit s’engager dans une nouvelle politique de l’immigration fondée sur le respect strict des droits des migrants, sur la solidarité et la coopération. C’est aussi le gage d’une vie démocratique. C’est pourquoi j’entends, sans attendre, proposer l’abrogation de toutes les lois qui ont fait régresser les droits des migrants dans notre pays (lois Pasqua, Debré, Chevènement, Sarkozy). Je m’engage sur une régularisation de tous les sans papiers, avec un titre de séjour de 10 ans. Je suis favorable à la liberté d’aller et venir et au regroupement familial. Ce sont des droits fondamentaux de la personne. Cela suppose en même temps de favoriser les politiques d’accueil et d’insertion, ce qui exige des moyens en matière de logements, de santé, d’éducation… Il faut également développer, à l’égard des pays d’émigration, des politiques leur permettant de répondre à leurs propres besoins et de construire leur propre avenir. Concernant la citoyenneté de résidence, je déplore que les gouvernements successifs aient manqué de courage politique pour traduire cette promesse en actes. C’est pourtant une exigence pour sortir de la crise démocratique actuelle, une exigence du "vivre ensemble" et une des mesures à prendre pour lutter contre le racisme et les discriminations. Un projet de loi a été voté par l’Assemblée nationale le 3 mai 2000. Il est consternant qu’il n’ait pas été mis à l’ordre du jour du Sénat à l’époque, malgré les demandes répétées de mes ami-es du groupe communiste républicain citoyen. Je m’engage pour ma part à ce que le gouvernement soumette au vote du Parlement, sans attendre, un projet de loi avec l’objectif qu’il soit applicable dès les élections municipales et cantonales de 2008. Ce projet accordera le droit de vote et d’éligibilité aux résidents étrangers à toutes les élections, après trois ans de résidence pour les élections locales et dix ans pour les élections nationales.

3) Que pensez-vous faire pour garantir la retraite et une fin de vie digne pour les vieux travailleurs immigrés ?

Avec mon groupe au Parlement, nous sommes intervenus pour nous opposer à la situation inacceptable que le gouvernement, avec l’appui de la majorité de droite, a voulu faire supporter aux anciens travailleurs immigrés. Le gouvernement leur impose de revenir en France régulièrement et d’y rester trois mois par an. Ce sont autant de mois durant lesquels nombre de ces personnes, faute de moyens et d’accompagnement, continueront de vivre dans des conditions intolérables. Ces anciens travailleurs ont exercé les métiers les plus pénibles et les moins bien rémunérés. Ils ont parfois été victimes d’employeurs peu scrupuleux qui, profitant de leur condition d’immigrés, les ont exploités sans toujours déclarer la totalité de leurs heures de travail. La moindre des choses est qu’ils puissent toucher ce minimum vieillesse, sans condition.

4) Pensez-vous que l’indemnisation des « tirailleurs sénégalais » a été réglée par les décisions prises en 2006 suite au film « Indigènes » ?

Dans le cadre de la loi de finances pour 2007, a été poursuivi le processus de "décristallisation" des retraites et pensions militaires d’invalidité des anciens combattants ressortissants des anciennes colonies françaises - et parmi eux les tirailleurs sénégalais - amorcée en 2003. Depuis plusieurs décennies, les associations d’anciens combattants portent sans relâche cette revendication concernant leurs frères d’armes. Je me félicite donc aujourd’hui de voir enfin portées la retraite du combattant et les pensions militaires d’invalidité au même niveau que celles qui sont versées en France, dès le 1er janvier 2007 et sans distinction de nationalité actuelle. Mais, de fait, contrairement aux déclarations du Gouvernement, cette « décristallisation », que mon groupe parlementaire demande depuis longtemps, n’est toujours pas entièrement réalisée. La revalorisation accordée n’est que partielle et a minima, puisqu’elle ne concerne que la retraite des combattant (450 euros par moi), et les pensions militaires d’invalidité (moins de 700 euros par mois). Quid des pensions de retraite civiles et militaires ? Quid des pensions de réversion, un certain nombre de veuves étant oubliées, en France ou dans le pays d’origine des bénéficiaires ? Par ailleurs, des dizaines de milliers de demandes de cartes du combattant d’anciens supplétifs sont toujours en attente au service départemental de Paris de l’ONAC, faute de moyens pour les traiter, ce qui est inacceptable. Nous sommes intervenus auprès de l’ONAC pour que des moyens supplémentaires soient débloqués.

V/ DEVOIR DE MEMOIRE

1) Êtes-vous pour la reconnaissance d’un droit de réparation collectif à l’égard des peuples des anciennes colonies ?

2) Que pensez-vous de l’initiative du gouvernement italien de construire une autoroute (d’un coût de 3 milliards d’euros) en Libye comme compensation pour la période coloniale ?

La France a indéniablement des devoirs vis à vis des pays et des peuples qu’elle a colonisé. Il est de mon point de vue important qu’elle aide à la mise en œuvre d’une politique de coopération au développement encore plus poussée en leur faveur. Une politique qui s’appuie sur les besoins et les exigences de ces peuples. Si une autoroute correspond à de tels besoins, pourquoi pas ? mais dans tous les cas cela doit se faire dans la transparence et la démocratie. Les forces sociales, la société civile doivent être associées.

3) Comment pensez-vous développer l’enseignement et la recherche sur la colonisation et le post-colonialisme ? Voir réponse II-2

VI/COLONIALISME ET OCCUPATION PAR LA FORCE

1) Quelle doit-être la position de la France sur la colonisation des territoires comme la Tchetchénie, le Tibet, le Sahara Occidental, Ceuta et Melilla, la Palestine, l’Irak, le Kurdistan, Porto Rico, etc… ?

Il est vraiment difficile de mettre toutes ces situations et conflits sur le même plan. Le droit international et les résolutions des Nations Unies, lorsqu’il y en a, n’apportent pas une seule et même réponse de principe, pour le cas de chacun de ces territoires ou Etats. La France doit agir pour contribuer à la solution politique de chaque situation conflictuelle issue d’une occupation ou d’un processus de colonisation, dans le respect de certaines valeurs et dans l’esprit de la Charte de l’ONU. Le droit à l’autodétermination est en tous les cas un principe de base dont le respect doit s’imposer chaque fois que le peuple concerné et ses organisations s’y référent.

2) Etes-vous pour faire du 23 février une journée nationale pour les victimes de la colonisation ?

Je suis d’accord sur le principe d’une journée nationale pour les victimes de la colonisation. La date doit faire l’objet d’une large concertation afin de déterminer celle qui est la plus appropriée et la plus parlante pour les peuples colonisés.

3) De façon implicite ou explicite, la loi du 23 février 2005 continue, en dépit de l’annulation d’un alinéa de son article 4, de faire référence au caractère prétendument positif de la colonisation française. Étés-vous pour ou contre l’abrogation ou la transformation des articles concernés ?

Je suis favorable à leur abrogation. C’est, de mon point de vue, l’ensemble de la loi du 23 février 2005 qu’il faut abroger. Outre le fait que l’article 4 n’a pas été supprimé dans son intégralité, il y a par exemple l’article 13, qui ouvre la voie à l’indemnisation et donc à la réhabilitation des anciens activistes de l’OAS qui on fait l’objet de condamnations ou de sanctions ; ou encore l’article 2 qui entérine le choix du 5 décembre pour l’instauration d’une « journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord », une date qui ne correspond à aucun événement historique

VII/ DISCRIMINATIONS

1) Les héritiers de notre histoire coloniale subissent de nombreuses discriminations (emploi, logement, loisir, représentation politique etc.) Pensez-vous qu’il y a un lien entre les discriminations et une fracture coloniale qui traverse notre société ? Si oui, quelles sont vos propositions pour lutter contre ces discriminations ?

L’histoire coloniale participe de la fracture entre une partie de la population, notamment parmi les jeunes, et les pouvoirs publics. Je propose que la Lutte contre les discriminations soit déclarée Grande Cause Nationale pour toute la durée d’une législature. Outre la place à donner à l’histoire du colonialisme (voir plus haut), je propose entre autres mesures, de :

• renforcer le rôle de la Haute autorité de lutte contre les discriminations en lui donnant plus de moyens, en la décentralisant et en la démocratisant ;

• créer un corps d’inspecteurs d’Etat de lutte contre les discriminations dans l’accès à l’emploi privé et public, au logement, aux services publics et aux équipements collectifs sociaux… ;

• faire appliquer strictement les lois contre toutes les discriminations, contre tous les racismes ;

• faire respecter l’interdiction des contrôles "au faciès" ;

• des instructions strictes seront données pour que les règles républicaines, le respect obligatoire de l’égalité, soient appliquées ;

• le mot "race" sera retiré des textes de la République.

Tous les phénomènes qui contribuent à la discrimination et à la stigmatisation doivent faire l’objet d’une lutte déterminée. La réponse aux questions sociales, éducatives, culturelles…, mais aussi le droit de vote et l’éligibilité des résidents étrangers doivent contribuer au vivre ensemble dans les banlieues. L’égalité des droits doit entrer dans les faits. En Seine-Saint-Denis où je suis élue, je me suis prononcée pour un plan d’urgence financé par l’Etat. Je pense que, dans beaucoup de départements, il y a besoin d’opérer un rattrapage efficace sur le plan économique et social (dans les domaines de l’école, de la présence de services publics, de la culture, de l’emploi…). L’ensemble des propositions que je formule dans mon programme en matière d’éducation, de santé, d’emploi, de logement… participe de cette lutte à mener contre les discriminations.

2) Que pensez-vous du recours à l’Etat d’urgence lors des révoltes de novembre 2005 dans nos banlieues et quartier populaire ? Si vous êtes élu-e président-e de la république, vous engagez- vous à abroger cette loi héritée de notre histoire coloniale ?

Oui, je m’y engage. Je rappelle que, dans le débat parlementaire sur l’instauration de l’état d’urgence, en novembre 2005, les groupes communistes à l’Assemblée nationale et au Sénat s’y étaient fermement opposés. Avec ce texte, la droite au pouvoir a, une nouvelle fois, désigné des boucs émissaires, stigmatisé de manière inquiétante les banlieues, pratiquant une véritable "ethnicisation" de la crise sociale, mettant en péril le socle démocratique.

VIII/ FRANÇAFRIQUE

1) Êtes vous pour un contrôle parlementaire de la politique africaine de la France ?

2) Vous prononcez-vous pour l’annulation de la dette au regard du pillage de ce continent ?

3) Si vous êtes élu-e, quelle politique de coopération et d’aide au développement envisagez-vous pour l’Afrique ?

Le système de la « Françafrique », souvent dénoncé, est une réalité depuis des décennies. Même s’il est désormais en sérieuse difficulté il a constitué, conjointement aux politiques d’ajustement structurel qui l’ont accompagné, un carcan qui a contribué au blocage du développement de l’Afrique. L’Afrique est le pays qui paie le plus lourd tribut au système du FMI et de la Banque mondiale. L’Afrique est pillée, affamée, ses services publics ont été détruits. Elle est écrasée par une dette qu’elle a déjà payée dix fois. Au cœur de ce désastre il y a le capitalisme mondialisé et sa logique. Lors de mon récent voyage au Mali, à Bamako, à l’invitation d’Aminata Taoré j’ai rencontré une Afrique qui agit, qui construit et qui réclame une toute autre coopération de la part de la France et de l’Union européenne. Les forces sociales, la société civile africaines attendent une politique qui soit fondée sur la réponse à leurs projets, aux besoins exprimés par les Africains eux-mêmes, et non pas une politique qu’on leur impose. Il ne peut y avoir de refonte conséquente de la politique de coopération sans détermination à refuser la fuite en avant libérale. L’Afrique ne répondra pas à ses besoins alimentaires, ne diversifiera pas ses productions agricoles, ne s’industrialisera pas sans que soient combattus les objectifs actuels de l’Organisation mondiale du commerce. Au-delà, je pense qu’il faut augmenter l’aide au développement, imposer la transparence mais ce ne sera efficace pour les peuples concernés qu’à condition de combattre, dans un même mouvement, les offensives libérales venant des institutions financières internationales, de l’UE, des gouvernements, dont la France. La politique de la France en Afrique doit être totalement refondée. Il faut en finir avec la « Françafrique » vestige du colonialisme. Il y a besoin que la France joue un tout autre rôle en Afrique, un rôle qui s’appuie sur les besoins et les aspirations des peuples au développement, sur la démocratie, le respect des droits de l’Homme et la souveraineté. La politique africaine de la France ne doit plus être du domaine réservé du Président de la République mais l’affaire de l’ensemble des institutions et organisations légitimes, notamment du Parlement, des forces sociales, politiques, syndicales et associatives. Les accords particuliers en matières de défense et de matières premières signés au lendemain des indépendances, quand ce n’était pas le jour même, doivent être rendus publics dans leur intégralité. Ils doivent être abrogés car ils institutionnalisent et perpétuent la dépendance et la domination. Un véritable développement en Afrique ne peut se concevoir sans l’accès à une pleine souveraineté touchant à tous les domaines de la vie économique, sociale, culturelle et institutionnelle. Une politique de coopération au développement pour lutter contre la pauvreté et reconquérir des bases de souveraineté dans chaque pays et permettre aux africains d’accéder aux biens communs de l’humanité (eau, énergie, santé, éducation..), doit être transparente et ambitieuse. Pour cela il faut annuler la dette et cela sans conditions, stopper les plans d’ajustements structurels imposés par la Banque mondiale et le FMI, taxer les mouvements de capitaux et placer les systèmes bancaires, les organisations internationales, les unions entre Etats sous contrôle démocratique – contrôle parlementaire et contrôle de la société civile. Comme le demandent les forces démocratiques en Afrique il faut complètement revoir les accords UE-ACP. Ces accords visent essentiellement à intégrer les économies africaines dans l’économie de marché au plan mondial. Ils ne tiennent pas comptent des besoins de développement économique et de développement humain. Il faut rompre avec le libre échange généralisé, la libéralisation, les privatisations et la marchandisation et tout au contraire favoriser la régulation des échanges, reconnaître le droit à la sécurité alimentaire, au développement industriel et agricole, au développement du public. Il faut permettre au pays du Sud de protéger leurs marchés. L’aide publique au développement doit être portée à 0,7% du revenu National Brut. Son utilisation doit répondre aux besoins des hommes et des femmes des pays concernés et être placée sous contrôle démocratique, avec une participation active des pays du Sud pour atteindre les objectifs du millénaire. Aller dans le sens d’un développement économique, démocratique, respectant la liberté, les droits de la personne c’est aussi permettre de mettre un terme aux conflits. Oui il faut un plan d’urgence pour l’Afrique. Et parce que la France a indéniablement des devoirs vis à vis des pays qu’elle a colonisé il est important qu’elle aide à la mise en œuvre d’une politique de coopération au développement encore plus poussée en leur faveur.

IX/ PRESENCE MILITAIRE FRANÇAISE EN AFRIQUE

1) Êtes-vous pour le maintien des bases militaires françaises en Afrique ?

2) Si non proposerez-vous un calendrier de retrait des militaires français en Afrique dont la présence, le rôle et les actions déstabilisent ce continent ?

Je suis pour le retrait des bases militaires françaises en Afrique. Je pense que l’on peut assurer une contribution française à la sécurité internationale et la résolution des conflits (la France est membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU) qui ne soit pas l’héritage d’une politique de domination dépassée et à bout de souffle comme cela devient évident en Côte d’Ivoire, au Tchad.. et ailleurs. L’élimination de ces bases va dans le sens du refus du néo-colonialisme et d’une autre conception du rôle de la France dans le Monde. Un calendrier doit être établi.

3) Etes-vous pour la publication des accords de défense conclus suite à la décolonisation entre la France et les anciens pays colonisés ?

Les accords particuliers en matières de défense et de matières premières signés au lendemain des indépendances (quand ce n’était pas le jour même) doivent être rendus publics dans leur intégralité. Ils doivent aussi être abrogés car ils institutionnalisent et perpétuent la dépendance et la domination. Il est grand temps pour notre pays et pour l’Union Européenne d’établir avec les pays africains des rapports de coopération et d’amitié « normaux » c’est à dire dans l’égalité, le respect mutuel, la réciprocité des intérêts, la libre circulation des peuples et la solidarité.

€X/ RECOLONISATION ECONOMIQUE 1) Les politiques d’ajustement structurel imposées par les institutions internationales ont contribué à détruire les économies fragiles des pays anciennement colonisés. Quelles politiques et propositions faites-vous pour réformer les ces institutions comme l’ONU, le FMI ou la Banque Mondiale ?

2) Comment pensez-vous lutter contre la mainmise des multinationales sur les économies des anciens pays colonisés ?

Voir réponse sur quelle politique de la France en Afrique où nous traitons la question dans sonensemble.



Commentaires

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